vendredi 21 février 2014

Bas les masques! Religions, récupérations, désinformations, boucs émissaires...

Dimanche 19 janvier

Ce dimanche, Donna et moi le consacrerons à notre deuxième devoir d’espagnol ainsi qu’à une grande ballade vers et dans un grand parc aménagé, à l’époque romantique, en contrebas du Chorro, la fameuse « source aux chiens » que j’ai déjà mentionnée.

On aura ainsi l’occasion de voir un aspect très réjouissant de la vie dominicale mexicaine : des familles entières, papa, maman, enfants, se baladant ensemble dans ce parc... profitant de ses aires de jeux et de ses fontaines. Ceci, probablement après avoir été tous ensemble à la messe le matin.

En effet, si on se fie à la religiosité ambiante, les Mexicains semblent encore majoritairement pratiquants. Chaque fois que nous avons visité une église, elle brillait des feux de nombreux cierges implorant une panoplie de statues de saints. Il s’y trouvait toujours quelques personnes agenouillées, profondément plongées dans leurs prières. Plus d’une fois même, une célébration se tenait dans une des chapelles adjacentes à la nef principale...

Cette dévotion déborde des églises. Elle se manifeste dans toutes les sphères de la vie courante : architecture (façades ornées de statuettes de la Vierge), magasins (Jésus vous y accueille la main sur le cœur), transports (autobus décorés d’images saintes), comportements (gens qui se signent en passant devant une église)... Certaines funérailles prennent  de ces proportions! Une fanfare complète derrière  le cercueil,  le corbillard croulant sous les fleurs, une immense procession... Une de celles qu’on a vues était même précédée par des motos de police arrêtant la circulation...

Où qu’on soit, donc, on est constamment assailli d’évocations religieuses.
Statue de Jésus, dans une vitrine, à la station d'autobus
Chapelet accroché au rétroviseur et binette de notre chauffeur
Une foi qui soulève quelques questions...

Récupération
Je vous disais hier que la maison où se tenait la levée de fonds pour la Casa de los Angeles regorgeait de masques : le trop-plein du « Musée des masques » adjacent, où le propriétaire de ce B&B héberge les très nombreux artefacts qu’il a ramassés au cours de ses voyages à travers toutes les régions du Mexique.


                           

Depuis des siècles, ces masques et leurs costumes correspondants - qui se sont hélas beaucoup moins bien conservés - servaient aux Amérindiens à représenter leurs mythes : création du monde, luttes entre le soleil et la lune, esprits des morts, bien ou malfaisants, ancêtres « totemisés » sous forme d’animaux... Bref, des scènes théâtrales bien adaptées à leurs cultures de tradition orale.

Au cours des 400 dernières années, l’Église catholique a petit à petit et très habilement récupéré ces manifestations, leur faisant représenter des scènes bibliques ou des événements historiques. Ainsi, le « Bien » se présente maintenant parfois sous les traits d’un Espagnol alors que ce sont un Maure ou un Juif qui symboliseront le mal! Depuis le temps, même les Autochtones ne savent plus ce que leurs scènes pouvaient représenter au départ...

De ces rapprochements, ce mélange, cette fusion de pratiques et d’éléments de doctrine empruntés aux religions et cultures ancestrales ainsi qu’à la religion catholique « d’avant Vatican II », est né un syncrétisme déroutant. Quelles parts attribuer ici à la « vraie » foi et aux anciennes superstitions, autant chrétiennes que païennes?

Par exemple, comment interpréteriez-vous la scène suivante? Une fin d’après-midi, on tombe par hasard sur une cérémonie de bénédiction d’animaux de compagnie... Le parvis grouille de chiens, de chats, d’oiseaux. Après que leur toutou ou leur minou ait été copieusement aspergé d’eau bénite par l’un des deux officiants se tenant à l’entrée de l’église, les gens s’en retournent chez eux... manifestement ravis!


                      




             


Désinformation et boucs émissaires

Certains des masques exposés au musée étaient utilisés pour mettre en scène Ponce Pilate, gouverneur romain, demandant à la foule de Juifs rassemblée devant lui à Jérusalem, de choisir qui, entre Barrabas et Jésus, allait bénéficier de sa clémence. Selon les évangiles « officiels », les Juifs auraient choisi Barrabas... Ponce Pilate, en s'en lavant les mains, leur fit ainsi porter la responsabilité de la condamnation de Jésus. 
Et c’est ainsi que, ces deux derniers millénaires, tant de gens justifient leur haine des Juifs... Intolérance qui a entraîné les atroces conséquences que l’on sait.

Or, le musée dit que, dans des versions d’évangile plus anciennes, on parle de "Jésus, bar-abba-s". "Bar" voulant dire "fils" et "abba", "père" en araméen, la foule aurait donc en fait hurlé: "Libérez Jésus, fils du Père». Il n'y aurait jamais eu qu'une seule et même personne à juger! Ce ne serait que quelques siècles plus tard, une fois le christianisme proclamé religion officielle de l’Empire romain, qu’on aurait « trafiqué » les textes pour transférer l’ignominie de cette condamnation, des Romains... aux Juifs. Dans les versions plus récentes, « Barrabas » perd son prénom et devient une personne à part entière. Quant à la pratique de « clémence » à laquelle se serait adonné le gouverneur romain, elle n’aurait jamais existé dans la tradition juive...
Si ce sujet vous intéresse, « googlez »-le. Les interprétations abondent!

En tout cas, en ce qui me concerne, je suis sortie de ce musée pas mal déstabilisée: La désinformation ne daterait donc pas de ce siècle?

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