vendredi 21 février 2014

Bas les masques! Religions, récupérations, désinformations, boucs émissaires...

Dimanche 19 janvier

Ce dimanche, Donna et moi le consacrerons à notre deuxième devoir d’espagnol ainsi qu’à une grande ballade vers et dans un grand parc aménagé, à l’époque romantique, en contrebas du Chorro, la fameuse « source aux chiens » que j’ai déjà mentionnée.

On aura ainsi l’occasion de voir un aspect très réjouissant de la vie dominicale mexicaine : des familles entières, papa, maman, enfants, se baladant ensemble dans ce parc... profitant de ses aires de jeux et de ses fontaines. Ceci, probablement après avoir été tous ensemble à la messe le matin.

En effet, si on se fie à la religiosité ambiante, les Mexicains semblent encore majoritairement pratiquants. Chaque fois que nous avons visité une église, elle brillait des feux de nombreux cierges implorant une panoplie de statues de saints. Il s’y trouvait toujours quelques personnes agenouillées, profondément plongées dans leurs prières. Plus d’une fois même, une célébration se tenait dans une des chapelles adjacentes à la nef principale...

Cette dévotion déborde des églises. Elle se manifeste dans toutes les sphères de la vie courante : architecture (façades ornées de statuettes de la Vierge), magasins (Jésus vous y accueille la main sur le cœur), transports (autobus décorés d’images saintes), comportements (gens qui se signent en passant devant une église)... Certaines funérailles prennent  de ces proportions! Une fanfare complète derrière  le cercueil,  le corbillard croulant sous les fleurs, une immense procession... Une de celles qu’on a vues était même précédée par des motos de police arrêtant la circulation...

Où qu’on soit, donc, on est constamment assailli d’évocations religieuses.
Statue de Jésus, dans une vitrine, à la station d'autobus
Chapelet accroché au rétroviseur et binette de notre chauffeur
Une foi qui soulève quelques questions...

Récupération
Je vous disais hier que la maison où se tenait la levée de fonds pour la Casa de los Angeles regorgeait de masques : le trop-plein du « Musée des masques » adjacent, où le propriétaire de ce B&B héberge les très nombreux artefacts qu’il a ramassés au cours de ses voyages à travers toutes les régions du Mexique.


                           

Depuis des siècles, ces masques et leurs costumes correspondants - qui se sont hélas beaucoup moins bien conservés - servaient aux Amérindiens à représenter leurs mythes : création du monde, luttes entre le soleil et la lune, esprits des morts, bien ou malfaisants, ancêtres « totemisés » sous forme d’animaux... Bref, des scènes théâtrales bien adaptées à leurs cultures de tradition orale.

Au cours des 400 dernières années, l’Église catholique a petit à petit et très habilement récupéré ces manifestations, leur faisant représenter des scènes bibliques ou des événements historiques. Ainsi, le « Bien » se présente maintenant parfois sous les traits d’un Espagnol alors que ce sont un Maure ou un Juif qui symboliseront le mal! Depuis le temps, même les Autochtones ne savent plus ce que leurs scènes pouvaient représenter au départ...

De ces rapprochements, ce mélange, cette fusion de pratiques et d’éléments de doctrine empruntés aux religions et cultures ancestrales ainsi qu’à la religion catholique « d’avant Vatican II », est né un syncrétisme déroutant. Quelles parts attribuer ici à la « vraie » foi et aux anciennes superstitions, autant chrétiennes que païennes?

Par exemple, comment interpréteriez-vous la scène suivante? Une fin d’après-midi, on tombe par hasard sur une cérémonie de bénédiction d’animaux de compagnie... Le parvis grouille de chiens, de chats, d’oiseaux. Après que leur toutou ou leur minou ait été copieusement aspergé d’eau bénite par l’un des deux officiants se tenant à l’entrée de l’église, les gens s’en retournent chez eux... manifestement ravis!


                      




             


Désinformation et boucs émissaires

Certains des masques exposés au musée étaient utilisés pour mettre en scène Ponce Pilate, gouverneur romain, demandant à la foule de Juifs rassemblée devant lui à Jérusalem, de choisir qui, entre Barrabas et Jésus, allait bénéficier de sa clémence. Selon les évangiles « officiels », les Juifs auraient choisi Barrabas... Ponce Pilate, en s'en lavant les mains, leur fit ainsi porter la responsabilité de la condamnation de Jésus. 
Et c’est ainsi que, ces deux derniers millénaires, tant de gens justifient leur haine des Juifs... Intolérance qui a entraîné les atroces conséquences que l’on sait.

Or, le musée dit que, dans des versions d’évangile plus anciennes, on parle de "Jésus, bar-abba-s". "Bar" voulant dire "fils" et "abba", "père" en araméen, la foule aurait donc en fait hurlé: "Libérez Jésus, fils du Père». Il n'y aurait jamais eu qu'une seule et même personne à juger! Ce ne serait que quelques siècles plus tard, une fois le christianisme proclamé religion officielle de l’Empire romain, qu’on aurait « trafiqué » les textes pour transférer l’ignominie de cette condamnation, des Romains... aux Juifs. Dans les versions plus récentes, « Barrabas » perd son prénom et devient une personne à part entière. Quant à la pratique de « clémence » à laquelle se serait adonné le gouverneur romain, elle n’aurait jamais existé dans la tradition juive...
Si ce sujet vous intéresse, « googlez »-le. Les interprétations abondent!

En tout cas, en ce qui me concerne, je suis sortie de ce musée pas mal déstabilisée: La désinformation ne daterait donc pas de ce siècle?

mardi 18 février 2014

Enfants, attitudes et stéréotypes

Samedi 18 janvier

Samedi : jour du marché bio. Nous voilà parties, armées de nos sacs en toile, une pratique qui ne semble pas encore très implantée au Mexique, vu la réaction des marchands quand nous les leur présentons...
En passant devant l’Instituto Allende, un panneau nous rappelle qu’il s’y passe une foire artisanale. Pas possible comme on peut avoir de la chance! Dans son magnifique patio se retrouvent des artisans de toutes les régions du pays : du Chiapas et de Oaxaca au sud jusqu’au Baja California au Nord, en passant par Veracruz sur le Golfe et les Mayas du Yucatan.



Évidemment, on ne résistera pas! J’en sors avec une nouvelle chaîne en argent pour une une petite montre « pendentive » que Gilbert m’a offerte il y a belle lurette et qu’un horloger mexicain vient de réparer. Donna, quant à elle, après avoir passé une commande pour une magnifique céramique, a trouvé pour son petit-fils Léo un cadeau hors de l’ordinaire : une vraie poupée-garçon, avec sombrero, serape et sac en bandoulière! Rarissime chez nous... mais moins par ici? Car bien des papas mexicains, quand ils vont aux courses, n'hésitent pas à emmener avec eux une gamine ou un gamin, qu'ils portent fièrement sur leurs épaules ou dans les bras. Bravo pour le Mexique!

Vu qu’on parle d’enfants, si on parlait de cette levée de fonds que je vous annonçais il y a quelques jours, au profit de la garderie de la Casa de los Angeles.
L’activité à lieu à la « Casa de la Cuesta », un B&B qui porte bien son nom, juché tout en haut d’une « sapristi » de côte à monter. Mais quel édifice! Une enfilade de patios sur divers paliers, d’un luxe raffiné quoiqu’un peu ostentatoire : céramiques dans les escaliers et sur les murs, lustres scintillants, statues à droite et à gauche (dont certaines à tête de morts - un leitmotiv dans l’artisanat. mexicain) et masques en tous genres suspendus aux murs. Nous apprendrons bientôt pourquoi...




Margaritas gratuites, petits fours et hors d’œuvres à profusion, musique « live » par un groupe de bénévoles : on n’a pas ménagé les moyens... Pas surprenant : ici, les clients payent 165 $ US la nuit : un bon public-cible pour du mécénat!

Les « serveurs et serveuses » sont les jeunes que nous avions rencontrés dans la rue. Le gars est américain, les filles suédoises et suisse, à l’exception d’April qui, contrairement à ce que pourraient faire croire ses traits extrême-orientaux, est originaire de Seattle dans l’état de Washington. Elle-même bénévole, elle est la responsable de l’accueil et de l’encadrement des bénévoles, dont le roulement est rapide : certains ne sont là que pour trois semaines, d’autres pour six, rares sont ceux qui restent plusieurs mois. En effet, la plupart sont encore étudiants : « les devoirs » les rappellent!


Le mouvement accorde beaucoup d’importance au respect de la personne. La garderie étant gratuite, pour éviter de donner aux mères l’impression qu’on leur fait la charité, chacune d’entre elles est invitée à contribuer quelques heures par semaine à son fonctionnement : nettoyage, cuisine, etc. Plusieurs d’entre elles sont d'ailleurs présentes ici : coups de main à la cuisine, à la billetterie, à la vente d’articles en tous genres...


Une initiative louable. Combien d’enfants n’avons-nous pas vus, laissés à eux-mêmes le long d’un trottoir, pendant que Maman et Papa travaillent dans l’atelier d’à côté?


mercredi 12 février 2014

Un peu d’histoire


Vendredi 17 janvier

Hier, je vous montrais « Une drôle de corde à linge ». Avez-vous deviné de quoi il s’agissait?
Sinon, la revoici, en plus gros plan...


Et je vous donne un indice aussi : la corde est tendue sur le toit d’une boucherie. Une suggestion?
La réponse plus tard!

Quant à nous, ce matin, au déjeuner :
- Tour de ville en autobus touristique?
- Pourquoi pas? Il serait bientôt temps! Ça fait bientôt deux semaines qu’on est ici...
Sitôt dit, sitôt fait!

 

 
Guide bilingue intéressant; anecdotes juteuses sur quelques grandes familles du coin (p. ex., au XVIIe, construction de tout un couvent juste  pour y « placer » comme Mère Prieure, une gamine de neuf ans, de quoi ne pas avoir à trop « diluer » le patrimoine familial en la donnant en mariage...)
et – évidemment! – un aperçu historique :

== Emplacement dû à la découverte d’une source par des chiens assoiffés qui, en grattant désespérément le sol, l’ont fait jaillir de terre. Ils appartenaient à de frères franciscains qui cherchaient à implanter une nouvelle mission dans la région.

Pendant quatre siècles, des lavandières sont venues ici,
au pied de « El Chorro » (le jet),
laver leur linge et celui des familles riches.
 
== Essor de la ville dû à sa situation stratégique entre d'une part, les mines d’argent et d’or du Nord-Ouest et, d'autre part, la capitale,

L’énorme forteresse grise, en haut à droite, n’est que l’entrée fortifiée
de la mine de Guanajuato, à une centaine de kilomètres à  l’ouest de San Miguel

== Dons d’immenses haciendas par l’Espagne à des pionniers pour « sécuriser » cette « Route de l’or » ainsi que la région. Et ce sont ces riches familles qui ont fait construire les nombreux édifices que l’on voit ci bas.


 

mardi 11 février 2014

Clins d’œil

Jeudi 16 janvier

Aujourd’hui au programme : Rattrapage et popote!
Il faut bien concocter quelque chose avec tous ces bons légumes ramenés du marché bio et aussi, produire le premier de ces « devoirs » d’espagnol que nous avons promis à Marie, non?

Pendant que nous prenons plaisir à fouiller dans nos dictionnaires alors que le potage de ce soir mijote sur la gazinière, pourquoi n’iriez-vous pas faire un petit tour en ville?
C’est fou ce dont on peut être témoin comme passant...

La sieste
Fenêtre donnant sur une grande artère envahie de voitures, en face du marché San Juan de Dios... 
Qu'à cela ne tienne, l'heure de la sieste, c'est l'heure de la sieste!


 
El jardin principal
Un parc, ça ne sert pas juste à regarder passer les gens, vous savez!

                                                                   Mots croisés

En rentrant de l'école...
                                    But urbain

 


 

Passants, pas passants... "Who cares?"

Analphabétisme...

Ceux qui ne savent pas lire n'ont qu'à demander à un passant!


Questions de transports
Pour ceux qui n'aiment pas ça, attendre l'autobus...


Il y a toujours le cheval...

Drôle de corde à linge...

 
La solution au prochain numéro!

samedi 8 février 2014

Où il est question de bénévolat et de « La Casa de los Angeles »

Mercredi 15 janvier

Hier, avant de se quitter, j’ai demandé à Marie Orieux s’il existait une communauté « francophone » à San Miguel, à l’instar de l’anglophone qui nous accueille à bras ouverts depuis notre arrivée.
- « Pas vraiment », nous dit-elle. « Et pas seulement à cause du fait qu’on soit moins nombreux... »
À son avis, ce serait plus fondamentalement une question d’attitude, ou même de culture. Les « Français » se constitueraient rapidement quelques groupes d’amis, et s’en trouveraient bien. Alors que les « Anglais » auraient un sens plus aigu de la communauté, à laquelle ils se sentiraient comme « redevables ».

Résultat d’un genre de programmation mentale à la Baden Powell? Lui qui, au moment de fixer les règles du scoutisme, intimait jusqu’aux plus jeunes de ses futurs « disciples » d’accomplir au moins une BA par jour? Car cela se voit effectivement partout où l’on va. Que d’œuvres basées sur le bénévolat autour de nous! Dans ce blogue, n’ai-je pas déjà eu l’occasion de mentionner Via Organica, Pro Musica et la Biblioteca publica?

Voici qu’en revenant du marché de San Juan de Dios, nous nous faisons remettre dans la rue, par trois jeunes manifestement non-mexicains, une invitation à une activité de levée de fonds qui aura lieu dans quelques jours au profit de la « Casa de los Angeles ».
- « Mais c’est là où la fille - ou la petite-fille? - d’une de mes connaissances est venue faire du bénévolat, il y a quelques années! » s’exclame Donna.

À quelques coins de rue de là, nous passons devant cette façade... 


« Feed the hungry - Cocina ». L’organisme qui chapeaute ce « Resto du cœur » est manifestement de langue anglaise.

Nous contournons le coin de la maison et tombons nez à nez avec trois jeunes filles qui sortent par une de ses portes de côté. La blondeur de leurs cheveux et leur peau de lait annoncent haut et fort une origine nordique : Deux Danoises et une Suissesse. Elles logent là pendant leur séjour ici comme bénévoles à la garderie que cette ONG gère au profit de mères en situation difficile, mères qui jusque là se voyaient obligées d’abandonner à eux-mêmes leurs enfants en bas âge dans de lointaines banlieues, pendant qu’elles descendaient gagner quelques sous en ville.

On se reverra certainement à l'activité de levée de fonds!

mercredi 5 février 2014

De retour sur les bancs d’école!



Mardi 14 janvier

Ce matin, nous recevons « chez nous » Marie Orieux, une française installée depuis cinq ans à San Miguel, où elle enseigne le français. Mais il sera question d’espagnol.
Nous voulons en effet que quelqu’un nous explique les ressemblances et les différences entre les temps du passé dans ces deux langues. Cela nous prenait donc un enseignant bilingue. Et qui d’autre que notre Jo Sanders nationale nous trouva la perle rare!

Excellente initiative de notre part : nous faisions – évidemment – tout de travers. Dans chacune de ces langues, il y a un imparfait, un genre de passé simple et un passé composé. Et nous nous contentions de transposer... ce qui a du provoquer bien des sourires dans notre dos.
Grosso modo, le passé composé espagnol est utilisé tellement rarement au Mexique que, pour des débutantes comme nous, Marie nous a suggéré de l’oublier pour l’instant. Et de nous concentrer sur le passé simple. Ouille! Tant de verbes sont irréguliers dans cette conjugaison-là, qu’il faut quasiment les apprendre par cœur un par un. Le défi!
Pour l’imparfait, c’est la langue de Shakespeare qui peut nous venir en aide. Quand on peut dire en anglais : « I used to do this, but I am not anymore », l'imparfait est de mise en espagnol. Comme quoi, il y a des chevauchements entre toutes les langues...

Nous nous sommes quittées sur la promesse de lui envoyer chacune par courriel trois textes au passé dont elle corrigerait les verbes. Et ces devoirs, croyez-le ou non, c’est avec le plus grand des plaisirs que nous nous y soumettrons au cours des semaines prochaines.

Dîner et courses à Via Organica, de l'autre côté du centre-ville. Puis cap sur le centre-ville par le marché San Juan de dios. Que de pas on peut faire quand on est à pied!

En fin d’après-midi, c’est un cours d’un tout autre genre qui nous attend à la « Biblioteca publica » de San Miguel. Contrairement à ce que son nom pourrait faire croire, c’est une ONG! Une vraie fourmilière. Les arcades qui entourent le patio central servent d’incubateurs à tant de groupes d’intérêt qu’il serait fastidieux de les nommer tous : ne mentionnons que les cercles de lecture et les ateliers de peinture pour enfants, dont proviennent d’ailleurs les premières cartes postales que j’ai envoyées à mes « tout-petits » au Canada.

17h15 : temps de monter à l’étage au-dessus d’un deuxième patio plus petit qui, lui, sert de café-bistrot. Place à la danse! Au programme ce soir: la salsa. Un peu ambitieux, vu que la plupart des participants n’ont pas assez flirté avec les danses latines par le passé. Ou plutôt « participantes » vu que le nombre de ces dames dépasse de loin celui de ces messieurs. L’instructeur semble avoir pris des dispositions en conséquence : voilà qu’apparaissent plusieurs jeunes hommes qui nous serviront tour à tour de partenaire. Une heure trente d’activité physique intense : Ouf!
Quel plaisir par après que de voir se coucher le soleil depuis la terrasse...

Entre nos divers trajets et les pas de danse, nous aurons certainement marché une dizaine de kilomètres aujourd’hui...

jeudi 30 janvier 2014

La « Civil List » et Pro Musica

Lundi 13 janvier

Petit-déjeuner...
Donna, les papilles en éveil, hume déjà l’irrésistible arôme que dégagera le café « French Roast » qu’on vient d’acheter au marché bio. Mauvaise surprise : il est en grains! Et il n’y a de moulin à café ni à la casita, ni chez Jo.
Qu’à cela ne tienne...  Jo mettra une annonce sur la « Civil List ».
- Nous : ???
- Jo : C’est un site web sur lequel on peut faire de la publicité pour des activités ou placer des appels à l’aide!
Une autre des ces initiatives qui favorisent les rapports entre membres de la communauté de langue anglaise du coin.

À peine un jour plus tard, une réponse, déjà! On nous invite à venir moudre notre café  uelque part au bout de la ville, dans un quartier où les résidents préfèrent qu'il n'y ait pas de service d'autobus. Question de prestige...
On prendra donc un taxi, une première depuis que nous sommes à San Miguel.
Le quartier en question est effectivement pas mal excentré : il occupe une section où la vallée descend en pente douce vers le lac artificiel créé il y a une cinquantaine d’années pour approvisionner la ville en eau. Terrains spacieux, maisons luxueuses... et même, là-bas au loin, une espèce de petit château dont le parc s’achève dans le lac. Le chauffeur de taxi nous apprend qu’il appartient à un richissime avocat de la capitale, qui n’y passe que quelques semaines par année tout au plus.
Membre du fameux 1%, je présume...

Arrêt en face d'une maison dont le terrain longe les berges du lac. C’est une domestique qui nous ouvre la grille du jardin. On ne peut s'empêcher de penser aux deux kilomètres, sinon trois, qu'elle devra remonter à pied pour rejoindre l'arrêt d'autobus le plus proche, sur la grand route...

Deux petits chiens énervés et bruyants nous escortent jusque dans la cuisine où nous reçoit une dame on ne peut plus charmante... mais dont la vue nous déstabilise, aussi bien Donna que moi. Contraste saisissant entre un corps tout menu habillé à la mode adolescente et un visage qui a dû passer on ne sait combien de fois entre les mains de chirurgiens plastiques. Cheveux crêpés, maquillage épais, ongles vernis longs de deux centimètres, bagues grosses comme des cailloux : une vraie caricature de ce que peut devenir, en vieillissant, une femme-ornement qui s’accroche à ce rôle...

Mais si gentille! Si serviable! Si accueillante!

Durant les quelques minutes que cela nous prend pour moudre notre café, elle nous raconte de grands pans de sa vie : son installation à San Miguel; sa  lutte contre le cancer; son bénévolat sur place... Nous apprenons ainsi qu’elle donne un coup de main à Pro Musica. Eh! Mais nous étions au concert d'hier! Elle aussi ? Que le monde est petit!
Elle nous explique que si nous ne l’avons pas reconnue, c’est qu’hier elle portait une perruque. Elle avait même planté de guingois, dans ces longs cheveux blonds à la Bardot, un si mignon petit chapeau « fascinator » à la Kate Middleton.
Pincement de coeur...

Elle nous raconte Pro Musica. C’est un avocat – d’origine britannique celui-là – qui a mis ce programme sur pied, une ou deux années après son arrivée à San Miguel, il y a huit ans. Depuis, grâce à une armée de bénévoles et à des appels au mécénat, Pro Musica offre une programmation complète de musique classique d’octobre à avril. En outre, ils arrivent à financer des cours de musique gratuits pour plus de 750 élèves dans plusieurs écoles secondaires de la ville.


 

Nous aurons donc l’occasion de nous revoir aux deux prochains concerts qui se donneront en ville avant notre départ, auxquels nous avons bien l’intention d’assister : un duo piano/violoncelle le 18 janvier, et l’ « Orquestra Barroca Mexicana » le vendredi 24 janvier.

Ce sac de café aura fini par nous coûter plutôt cher...
Mais sans lui, l'aurait-on eue, cette courte incursion dans la sphère des plus-que-privilégiés de cette terre?
 
                     
 
À gauche, le quatuor Afiara...
À droite, le violoncelliste Evan Drachman, accompagné de Jo Sanders, notre propriétaire, bénévole responsable du comité "Hébergement des musiciens".
Photo prise après le concert: le violoncelle a déjà été remisé!
Le pianiste?  Richard Dowling, qui adore les compositeurs français: Ravel, Fauré, Debussy...
 
 
 

 
 

Une invitation à souper!

Dimanche 12 janvier

Comme je le mentionnais hier, beaucoup de « Gringos » vivent à San Miguel...

Après la deuxième guerre mondiale, la vie étant bien moins chère au Mexique, beaucoup d’ex-militaires américains gratifiés de bourses sont venus étudier à cet Instituto Allende que j’ai déjà mentionné hier. Bientôt s’est constitué un dynamique groupe d’artistes  auquel sont venus se greffer une multitude de jeunes retraités.
Et ça ne dérougit pas depuis. Notre hôtesse, Jo Sanders, est de ceux-là.

Depuis ces décennies qu’ils sont là, vu leur nombre, ces anglophones ont tissé ici une véritable petite communauté, avec ses institutions, ses us et ses coutumes. Ainsi, on trouve à San Miguel entre autres une église anglicane qui leur sert aussi de centre communautaire ainsi qu’un petit journal qui se veut bilingue : Atención!

C’est ce journal qui nous apprend que, durant la haute saison touristique, il y a ici des concerts de musique classique toutes les fins de semaine. Ce dimanche soir, il y a justement – Oh! coïncidence! – un ensemble en provenance du Canada, le « Afiara String Quartet », quatuor en résidence à la Glenn Gould Proffessional School de Toronto.
C’est à la St. Paul’s Church... à moins de vingt minutes à pied de chez nous.
En route!

 Billetterie et entracte en plein-air!
 

Nous voilà bientôt tous installés dans les bancs d’église, un peu à la rude, à quatre ou cinq de front. Donna et moi discutons de choses et d’autres.

Son voisin se tourne vers elle, ravi: « Vous parlez français! »

Et c’est ainsi qu’on fait la connaissance d’un francophile, qui passe le plus clair de ses vacances à Paris. Il était chef du département des arts dans une école secondaire à Toronto - deuxième coïncidence! - alors que sa conjointe a fait carrière à la mairie de Scarborough, là où Donna habite depuis 23 ans  - troisième coïncidence! Jamais deux sans trois n’est-ce pas?
Elle vient chaque année à San Miguel depuis dix ans et y a même acheté une maison.

À l’entracte, jase, jase, jase. Que James a du plaisir à manier la langue de Molière!
À la sortie de l’église, nous étions invitées à aller souper chez eux un soir de la semaine prochaine.

Wow!

mercredi 29 janvier 2014

Achat local : produits bio et artisanaux

Samedi 11 janvier

 

Ce matin, nous décidons d’aller nous approvisionner pour la semaine au marché bio, situé à dix minutes à peine à pied de notre casita, dans une des multiples cours d’une ancienne hacienda fortifiée qui, si mes calculs sont bons, devait couvrir à elle toute seule près de 32 hectares (800 x 400 m.).
La ville l’ayant « rattrapée », elle a été divisée en quelques propriétés, dont celle de l’Institut Allende (où nous irons suivre des cours bientôt) et celle d’un des plus grands et luxueux hôtels de la ville.

Depuis la rue San Antonio, on ne voit que ses hauts murs d’enceinte en pierres, un peu rébarbatifs, mais comme partout ailleurs, cette véritable muraille cache de petits bijoux : patios avec fontaines et autres petites cours communiquant entre elles par des passages voûtés. Un immense parc y abrite cette petite chapelle privée, où officiait l'aumônier attitré de l'hacienda. 



 
Et si on faisait le tour du marché ensemble?

Les maraîchères à leur affaire...


 
Tout fait maison : confitures, coulis, miel, pâtisseries, café, yogourts, fromages...
Sans parler de la section artisanale: tapis, coussins, vêtements, bijoux, parfums, savons, chandelles...
Ouf!
Et comme partout en ville, on y trouve aussi, évidemment, de quoi se mettre sous la dent!

         

 
                                                        Tortillas et frijoles

 
 
Le marché, c'est un endroit où se retrouve plein de monde... (Oui, oui, j'ai trouvé ça toute seule!)

Ne voilà-t-il pas alors qu'on y reconnaît une des personnes avec lesquelles on a visité les pyramides il y a quelques jours.
Hola! Lynn! Como esta?
On dégustera ensemble chacune une délicieuse pointe de tarte tatin concoctée par une Française que le Mexique a envoûtée au point qu'elle y a pris racine et mari!
 

À quelques pas de nous, des musiciens on ne peut plus folkloriques...
 

Conscientisation

Ce marché n'existerait pas sans "TOSMA": Tianguis orgánica de San Miguel de Allende.
"Tianguis"? : le marché ambulant traditionnel des Mésoaméricains préhispaniques. Choix de mot reflétant bien l'esprit et les valeurs qui animent les organisateurs: produire de la nourriure comme Mère Nature nous l'offre depuis les temps immémoriaux, sans traitements chimiques ou modifications génétiques...

On y trouve donc des kiosques d’information sur les techniques de l’agriculture bio. Ce fermier, p. ex., qui fait fabriquer son compost par des vers de terre, ou cette bénévole de SOL-SMA (Sustainable, Organic and Local - San Miguel de Allende) qui fait de la publicité pour des ateliers sur les potagers urbains. SOL!: Un nom fait  pour interpeler les hispanophones du coin. Car, il faut bien l'admettre, l'idée qui prend forme concrète ici vient manifestement du Nord...
La plupart des clients sont d'ailleurs des "gringos"...

 
 
 
 
Mais des "gringos" conscientisés! Conscient que ces valeurs ne font pas l'affaire des Monsanto et autres Nestlé de ce monde qui tiennent à mettre la main sur tout ce qui se mange et se boit sur terre...

C’est ainsi qu'un activiste nous informe sur le TPP (Trans-Pacific Partnership), un pacte commercial qui se négocie en catimini entre les États-Unis et onze autres gouvernements. La fuite de quelques documents en 2011 a démontré que « the TPP is not about trade at all, but is rather a corporate power grab that circumvents domestic judicial systems and undermines national sovereignty ».

Une attaque en règle contre le mouvement actuel de retour à des achats locaux ainsi que contre toute velléité gouvernementale de protéger ses ressources alimentaires (comme p. ex. de vouloir bannir les organismes génétiquement modifiés ou d'en exiger l’étiquetage). Ce pacte assurerait aux grands de l'industrie pharmaceutique le monopole sur des tas de médicaments brevetés. Il permettrait également de restreindre certaines libertés dans Internet, stimulerait la déréglementation financière et donnerait aux entreprises le pouvoir de faire reculer des lois environnementales.

De quoi affecter des milliards de personnes dans leur vie quotidienne...
Les médias conventionnels nous en parlent-ils?
Pour infos:  flushthetpp.org    –    citizenstrade.org    –    citizen.org/tpp    –    eff.org/issues/tpp