vendredi 29 janvier 2016

Un petit coin de paradis

Le jardin d’Eden

Pour Donna et moi, le coin le plus enchanteur à Puerto Vallarta n’est ni la plage, ni le Malecón... C’est le bout de l’île Cuale, dans la rivière du même nom qui coule juste en bas de notre rue.

Parties pour faire des courses, le tout premier jour de notre arrivée ici, nous nous sommes retrouvées tout à fait par hasard* devant ce tableau vivant.

La pointe de l'île... Le bras droit de la rivière est plus étroit


Au bord de l'eau, entre la rivière et une rue qui n’a pas dû changer depuis 50 ans, une petite table et un parasol. Nous n'avons pu résister...
Notre première margarita!
 


La carte, orientée est-ouest, m'a pas mal déboussolée* au début. C'est ainsi qu'on s'est retrouvées au bord de la rivière au lieu du bord de la baie. Notre rue - Jacarandas - est la troisième à partir du haut, entre les zones verte et bleue.
Le Rio Cuale se jette dans l'océan (ondes bleues en bas) tout juste après avoir contourné l’île.
Et dire que nous nous trouvons à moins de dix minutes de marche du cœur de la ville (la zone noire).


Photo prise depuis l'île. À travers les branches,
on devine une table, là où il y a des voitures de stationnées



La pointe de l'île, vue depuis celle-ci














 


           
















On n'est pas rendues à la moitié de notre verre qu'on entend tout un charivari dans l'immense arbre qui nous fait de l'ombre. Une seconde plus tard, un iguane surgi de nulle part dévale le tronc, un autre sur ses talons. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il a rejoint la rivière.

La "Reina", comme l'appellent les gens du quartier qui la connaissent depuis cinq ans.
N'entre pas chez elle qui veut! Elle se repose de l'effort qu'elle vient de fournir, nullement effarouchée par la présence de trois personnes autour d'elle.
Elle doit mesurer entre 1m20 et 1m50. J'ai dû reculer pour pouvoir la cadrer dans la photo.
Celui-ci semble ne pas déranger la Reina. Le voyez-vous?
Ah! L'art du camouflage!
 
La Reina, revient chez elle après une saucette dans l'eau.
Elle nage comme un serpent, en ondulant de la queue

































Ce lieu n'attire pas que des lézards. Que d'oiseaux!


Pendant qu'on admire une nuée de calandras gros comme des corneilles qui se suivent d'un arbre à l'autre, le jaune de leur poitrail striant les airs, voici qu'un héron blanc atterrit pas loin de nous.
  
Certains de ces échassiers sont
huppés, d'autres noirs.

















Il se sèche les ailes après un plongeon, sur son perchoir habituel semble-t-il,
si on se fie aux coulées de fiente blanche sur le rocher
En ce moment, c'est la saison sèche. Les pluies arriveront au plus tôt fin juin. La rivière est basse.
Cet homme va la traverser à pied, suivi de son chien.



 Un coin de paradis, disais-je?


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* Voir Déboussolée ( 24 janvier 2016)






 

mercredi 27 janvier 2016

Le phénomène Puerto Vallarta : Liz Taylor... Vraiment?

Comment un détour dans les montagnes nous en apprend plus sur Puerto Vallarta



Me voici sous le "Pont des amours" entre Liz Taylor et Richard Burton.
 
23 janvier: Excursion à San Sebastián del Oeste, un village qualifié de "pueblo mágico" par le Ministère du tourisme mexicain, vu qu'il a conservé un authentique air d’antan. Cette ancienne ville minière, nichée dans la Sierra Madre, n'est en effet facilement accessible de la côte que depuis cinq ans, avec la construction d’un pont par-dessus un profond canyon.

El puente de Cristal

Fondée en 1605, elle connu son heure de gloire vers 1900, quand elle servait de base à plus de 20 000 employés disséminés dans les diverses mines de la région. Elle s'est vidée au fur et à mesure que ces mines s'épuisaient.
Aujourd'hui, n'y vivent plus que quelques centaines d'habitants...

La Grand-Place.
À droite, les arcades qu'on devine ici au fond.
 


  
Rues pavées de galets; murs en adobes recouverts de peinture; tuiles romaines.
  
Comme les transports publics n’y passaient pas, nous avions décidé d’y aller en tour organisé. Rendez-vous à 9 h. devant le Burger King près de la cathédrale. Arrive un minibus d’un blanc immaculé, qui ramasse les clients du sud de la ville. Il nous déposera au siège social de l’agence, près de la marina, d’où nous partirons pour San Sebastián.

Nous sommes les premières à monter dans le minibus; il reste neuf personnes à cueillir… Incursion dans la zone hôtelière au nord de la ville*. On change de planète : pelouses et plates-bandes manucurées, bosquets de palmiers se balançant nonchalamment dans le vent, entrées fastueuses flanquées de plantons en uniformes, immeubles en hauteur aux balcons débordant de fleurs. On pourrait tout aussi bien être en Floride ou à Cancun… bref, dans n'importe quelle station balnéaire au monde.
Endroit idéal pour ceux et celles qui veulent s’évader de leur routine pour quelques jours : le « get away from it all » parfait. Un de nos compagnons de voyage porte d’ailleurs au bras gauche un bracelet inamovible, du genre de celui qu’on vous installe à l’hôpital, mais d’un vert fluo immanquable, signe qu’il a acheté un forfait tout compris, vols, hébergement ainsi que nourriture et boissons à volonté… pour autant qu’il les prenne à son hôtel, évidemment!

En 1960, Puerto Vallarta n'était encore qu'un petit village de pêche de moins de 10 000 âmes. Il devait ressembler à San Sébastian. Qu'est-ce qui a bien pu le transformer ainsi, en quelques décennies, en une agglomération de près de 300 000 habitants? Les près de 5 millions de nuitées d’hôtel annuelles en font la deuxième destination touristique du pays!

 
Selon Jorge, notre guide pour San Sébastian, la responsable, c’est Liz!
Et effectivement, il paraît que c’est bel et bien la liaison entre Liz Taylor et Richard Burton qui fit connaître ce petit port de pêche. En 1963, lors du tournage du légendaire film Cléopâtre, Richard et Liz étaient devenus amants. L'année suivante, elle était venue le rejoindre à Puerto Vallarta où il jouait dans The Night of the Iguana. La presse à sensation avait là un morceau de choix à mettre sous la dent de ses lecteurs: deux stars, mariées chacune de leur côté, qui faisaient étalage de leurs amours sur ces magnifiques plages. Et ce, en 1964 : imaginez l’ampleur du scandale!
 
À gauche, une partie de la façade de la maison qu'ils se sont construite à Puerto Vallarta, ainsi que la balustrade en briques de leur terrasse. Ci-dessus, le pont de style vénitien qui permet de se rendre de la maison à la terrasse, par-dessus la rue.

Ce qu'on voit quand on jette un coup d'œil à travers la grille
 
 
Il ne fallut pas  longtemps aux investisseurs en tous genres pour se rendre compte du potentiel incroyable de la belle baie de Banderas... Aujourd'hui, du vieux port ne subsiste qu'un quartier, "el viejo pueblo", où Donna s'est donné bien de la peine pour nous trouver un logement.

D'un bourg hyperactif, San Sébastian s'est endormi sur ses lauriers... Le petit port assoupi de Vallarta quant à lui n'en peut plus de grandir...
Manifestation assez évidente de la mutation de l'économie mondiale du primaire au tertiaire, de l'extraction de ressources aux services. Vallarta quant à elle a allègrement sauté par-dessus le secondaire. Aucune industrie en vue! Comme disait Jorge : "La première activité économique de Vallarta, c'est le tourisme; la deuxième: le tourisme. Et la troisième? Le tourisme!"

Ainsi va la vie... là où ça rapporte!
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* Voir D’une bulle à une autre (17 janvier)

 

dimanche 24 janvier 2016

Déboussolée!


Déboussolée!

Samedi 9 janvier

461, calle Francesca Rodriguez… notre adresse pour les trois prochaines semaines. Le taxi nous dépose devant un immeuble sur la rue Jacarandas. Nous sommes sensées être rendues à bon port. Comment ça? Où est la rue Francesca Rodriguez? Voilà que Colin et Patrick sortent déjà d’une porte de côté : « Bienvenues! » et ils empoignent nos plus grosses valises. Je n’y comprends rien… On est sur Jacarandas! Je me dis qu’on verra bien demain. Il fait nuit noire après tout…

Le lendemain. On sort. La porte d’entrée, celle que Colin et Patrick ont utilisée hier soir, donne sur une plateforme en béton juste assez grande pour garer deux voitures. À droite, des escaliers prennent d’assaut la montagne. À gauche, la rue Jacarandas dévale la pente devant nous, avec, sur l’autre trottoir, l’école maternelle et le palace sur lesquels donne notre balcon*. Pas de rue Francesca Rodriguez! Selon le plan qu’on nous a remis, elle est pourtant sensée être là, une rue est-ouest perpendiculaire à Jacarandas.

 
Les escaliers à droite de l'entrée de notre immeuble
On est sensé vivre sur un axe est-ouest, mais notre immeuble en suit un... nord-sud! 
Me voilà vraiment désorientée, au moins les premiers jours. Heureusement, à force de sillonner le quartier, mon « légendaire » sens de l’orientation prend le dessus. Et on s'y retrouve... tant que j'arrive à bloquer visuellement cette fameuse rue qui n’existe pas.
Et ce, jusqu’à ce que, dix jours plus tard…

 Mercredi 20 janvier

 

Dennis et John sont des amis torontois de Donna. Cela fait une trentaine d’années que John vient passer quelques semaines à Puerto Vallarta, chaque hiver. Pour Dennis, c’est la cinquième fois…
Ils ont donc une bien meilleure idée de ce qui s’y passe, en particulier dans la communauté des « expats », ces milliers de nord-américains qui passent l’hiver ici. Le bénévolat** faisant quasiment partie de leur ADN, ils ont fondé une multitude d’œuvres caritatives qui, toutes, s’adonnent évidemment à des levées de fonds pour financer leurs activités.


Change lives through Education 
Cambia Vidas - Educalos
BECAS est l'organisme qui organise ces levées de fonds. Un article qui présente leurs objectifs:
 http://www.banderasnews.com/vallarta-living/becas-vallarta.htm
Ce mercredi, nous nous retrouvons les quatre au resto Daiquiri Dick’s pour un petit-déjeuner au profit d'élèves doués que leur famille n'a pas les moyens d'envoyer à l'école secondaire. Selon une des organisatrices, au cours de ses sept dernières années auprès de cet organisme, elle a suivi ainsi près de 400 jeunes de la région, de leur première année au secondaire à la fin de leurs études universitaires.

Après un délicieux et pas si petit petit-déjeuner - et un échec à la tombola : aucun des 18 billets achetés entre nous quatre n'a récolté de prix - Dennis nous annonce qu’ils s'en vont au marché municipal Emiliano Zapata. C’est justement dans notre coin! Nous leur emboitons le pas et, à l’approche de notre appartement, les invitons à passer voir de quoi il a l’air.

En montant le raidillon qui mène au 461, rue Francesca Rodriguez, je leur fais part du mystère que cette rue représente pour moi. John s’esclaffe : « Mais la voilà, ta rue! » me dit-il en étendant les bras. D’un côté, les escaliers dont j'ai mis une photo ci-dessus. De l’autre, un interstice entre l’école maternelle et le palace. Un espace à peine large d’un mètre.
Quoi? Ce serait ça, la rue qui n’existe pas?
 


Quelques jours plus tôt, par curiosité, nous étions montées tout en haut de Jacarandas, avions tourné à gauche sur Rodolfo Gómez et nous étions retrouvées encore plus haut... dans un cul de sac! Informations prises, deux enfants nous assurent que ces escaliers-là, à gauche, nous ramèneraient en ville. On les prend et on se retrouve dans un dédale de petites sentes et de trottoirs en pente, reliés par autant d’escaliers… pour déboucher en fin de compte… littéralement devant notre porte!

Le bas de la "rue" Francesca Rodriguez et, au fond, la porte d'entrée de notre immeuble.
On peut deviner le numéro 461 à sa droite.
Nous n’avions pas réalisé cette fois-là que nous avions foulé - de nos pieds foulé - la fameuse rue qui n’existait pas, que j’avais désespérément cherchée et que, pour m'y retrouver, il avait fallu que je chasse de mon cerveau... 

Le lendemain, nous décidons d’explorer - en connaissance de cause, cette fois-ci! - la partie ouest de cette « rue ». Nous nous enfilons dans l’étroit passage qui sépare l’école maternelle du palace. Il contourne l’école par l’arrière, puis bute sur un escalier. Et là, à nouveau, d’escaliers en petites voies sinueuses, nous parvenons en haut d'une crête. Nous rasions de si près les maisons que nous avions l'impression de passer par leur cour arrière. De l'autre côté du "sommet", une vraie rue, mais si abrupte que j’ai du mal à croire que des voitures puissent la gravir. Et pourtant, il y a deux autos garées là haut, sur une étroit replat. Un dernier tournant, et nous voilà sur Aguacate!

Mystère résolu!

Si seulement j'avais consulté Google dès le début!
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* Voir D’une bulle à l’autre (17 janvier)
** Voir De fleurs en fleurs (20 janvier)

mercredi 20 janvier 2016

De fleurs en fleurs

Le jardin botanique de Puerto Vallarta

De bon matin, nous voilà au coin des rues Aguacate et Carranza, d'où part le bus pour El Tuito, terminus de la ligne qui passe devant ce jardin, situé à quelques 30 km. de la ville.
Wow! Il en a déjà vu d'autres, ce bus! On se demande si le plafond partiellement en bois est encore celui d'origine - auquel cas le bus daterait de Mathusalem! - ou s'il est le résultat de fignolages récents comme en témoigne le panneau coulissant de ma fenêtre qui, lui, a été remplacé par du contreplaqué couvert de ruban adhésif. Les fauteuils sont si fatigués que leur dossier ne tient plus qu'en position dodo... Voyage tout confort!

La mer défile à droite, d'un bleu à vous faire vouloir sauter dedans. Ici, la montagne tombe directement dans la mer. Malgré tout, une quantité assez phénoménale d'hôtels ont réussi à s'implanter le long de la côte. Au cours des premiers kilomètres, de hauts immeubles blancs ou écrus se disputent le titre du plus luxueux ou du plus moderne: petites tourelles, escaliers de secours en colimaçons, claustras en tous genres, balcons débordant de bougainvilliers...

Plus loin, la route contourne parfois les collines par en arrière; on passe alors par de petits villages animés. Puis, on s'enfonce carrément dans l'arrière pays. Débarquement dans une vallée encore complètement boisée : nous voici arrivées.


Recommandation à l'entrée: du chasse-moustiques!
Ce qui me rappelle ma surprise quand j'ai réalisé, en arrivant, que notre appartement n'avait pas de moustiquaires... Même au Canada, on en a. Et ici, on est sous les tropiques! Paraît qu'on n'en a pas besoin à Puerto Vallarta. Et effectivement, aucun "zzzzzzz" n'est encore venu m'énerver la nuit.


 Premier arrêt: le pavillon des orchidées.


De là, on quitte l'allée pavée pour nous enfoncer dans la jungle où nous attendent des arbres trop géants pour pouvoir les capturer en photo ainsi qu'une myriade de plantes qui se plaisent à leur ombre: des lianes, dont le vanillier, des fougères à l'allure d'arbres et des arbustes, dont le cacaoyer et le caféier.

Gousses de cacao grosses comme des noix de coco
La pente étant assez raide, nous nous retrouvons bientôt au niveau de certaines branches, excellent point de vue pour repérer la multitude de plantes épiphytes qui s'accrochent au moindre accroc dans les arbres.


Confortablement installée à la fourche de deux branches

Au sortir du sentier, une romantique tonnelle et deux bancs de pierre: de quoi s'asseoir sans faire de bruit, pour ne pas effaroucher les papillons qu'attirent ici, non seulement de jolies fleurs, mais aussi des contenants expressément remplis de sable humide où ils viennent se désaltérer.


Fleurs pendant du toit de la tonnelle, pour appâter les papillons
À quelques dizaines de mètres de là, le sentier fourche. À droite, on descend en pente assez raide vers le fond de la vallée, où coule la rivière qui irrigue le secteur. Une jeune fille croisée sur le chemin frissonne encore : elle vient de se baigner dans une eau bien plus froide qu’elle ne s’y attendait.
À gauche, on se rend au centre des visiteurs. Au rez-de-chaussée, un grand hall s’ouvre de trois côtés sur le magnifique paysage.

Donna croque un bougainvillier
On y célèbre de nombreux mariages, comme en témoignent d’innombrables tuiles en céramique qui couvrent les escaliers, chacune commémorant, à coup de déclarations parfois grandiloquentes, le jour où se sont jointes certaines destinées. Elles sont toutes uniques, datées et signées. 
Si tu vis jusqu'à cent ans
Je voudrais vivre cent ans
moins un jour,
Pour ne jamais avoir à vivre un jour sans toi.

C’est ici aussi qu’on trouve un petit auditorium, une piscine pour les plantes aquatiques et une exposition de plantes indigènes. Je regrette un peu n'avoir pas vu plus de plantes "comestibles": papayers, goyaviers, manguiers, bananiers, cocotiers, avocatiers, plants d'ananas... Peut-être qu'il ne s'agit pas d'une priorité ici, vu qu'on peut les voir dans les potagers? Ou que cela viendra plus tard? Le jardin n'a en effet encore que dix ans...
Je suis donc d'autant plus contente quand on tombe sur un arbre portant un de mes fruits préférés quand j'étais petite, au Congo. On les appelait "cœur de bœuf" pour leur forme, mais Google m'apprend qu'il s'agit en fait du fruit du jacquier...
 
Gros comme des pastèques, les jacques sont couverts d'épines
Un peu plus loin, deux bénévoles américains s’adonnent à la création d'un jardin de plantes médicinales. Le plus jeune, un étudiant en horticulture, nous fait réaliser que la bordure de pierres naturelles qu'ils viennent d'installer - et que nous prenions pour de la simple décoration - servira en fait de barrage aux torrents qui dévaleront la pente au cours de la saison des pluies. De quoi limiter les dégâts en déviant une partie de l'eau.
Sur le chemin du retour, le long de l'allée, on repère quelques-unes des plantes tropicales qui égaient nos intérieurs canadiens.


Une cactée parmi les centaines que compte
le jardin
Petite surprise à la sortie: des fleurs ressemblant à des marguerites... poussant dans un arbre!



Et pour terminer en beauté, le Jardin nous propose de leur faire de la publicité sur Facebook, à l'aide d'un panneau créé à cet effet. Ce que nous nous empressons de faire!


dimanche 17 janvier 2016

D'une bulle à l'autre...

Puerto Vallarta!

2016
Une autre année qui débute…
Un autre mois de janvier d’entamé…
Un autre départ à la poursuite du soleil…
Et une reprise de contact avec mon ami Blog, lâchement délaissé depuis près de dix mois…
Quand je me mets à compter, je n’en reviens pas : serait-ce vraiment déjà la sixième fois que je m’évaderais ainsi? Voyons voir… Cette semaine au Costa Rica, celle qui m’a inoculé le virus, elle date de la Saint-Sylvestre 2011.
Ben oui! Sixième fugue donc… en Espagne ou au Mexique, sauf en 2013, où nous sommes allés en Guadeloupe, ce petit bout de terre française accrochée à l’arc des Antilles. Je troque donc une nouvelle fois mes bulles de chaleur canadiennes, frileusement recroquevillées sous la neige, au profit d’un environnement où sortir ne requiert aucun blindage particulier.

Vue de notre quartier depuis le centre-ville
Adieu, bâtiments hermétiquement clos! J'échange un gymnase sans fenêtres pour des rues inondées de lumière; je substitue, aux corridors aveugles des centres commerciaux, de petites places entourées de boutiques multicolores… Je dors dans une pièce aux portes patios grand-ouvertes au lieu d’une chambre aux fenêtres bouclées. Ici, la vie entre à pleines portes, fenêtres, grillages et autres claustras, qui laissent allègrement passer brises, odeurs et sons.
La baie de Banderas, croquée depuis la terrasse sur le toit de notre édifice.
Et des sons, ici, il y en a!
Du divan où j’écris ces lignes, mes oreilles captent les cris d’enfants jouant sous le préau de l’école maternelle; la voix de leur maître leur apprenant une nouvelle chanson; le jingle que joue le klaxon du livreur de bonbonnes de gaz, des messages inintelligibles lancés à la ronde par des porte-voix ancrés sur le toit de camionnettes... et les concerts d’aboiements qui éclatent dans le quartier à tout bout de champ.
Avant l’aube - et juste à côté de nous - s’élèvent des cocoricos lancinants, auquel d’autres coqs plus loin se dépêchent de faire écho. Puis, au lever du jour, on entend les voisins qui se saluent d’une maison à l’autre et des gens se héler dans la rue. Enfin, du babil : des parents déposent leur enfant à l’école juste en contrebas de chez nous.


Alertée par le bruit de leurs pas sur les galets qui servent ici de pavés, il m’est déjà arrivé de me précipiter au balcon pour voir passer des chevaux. Une fois, ce fut un orchestre ambulant accompagné d’une dame passant le chapeau. Une autre fois, des notes de « Für Elise » nous sont parvenues d’une maison en face, peut-être ce palace construit à coups de millions par un couple de Californiens et dont l’architecture grandiose jure dans le quartier: une jeune fille y suivrait-elle des cours de piano à la tombée du jour?


 

Le balcon blanc en haut est la terrasse où a été prise la photo de la baie. Le nôtre se trouve juste en dessous. Tout en bas, à gauche de la photo: le rez-de-chaussée!
Devant chez nous, la rue est à ce point en pente que l’entrée du salon de beauté, voisin direct du palace, est à la même hauteur que notre balcon! Un peu plus haut, on construit un bloc à appartements. Toute la journée, les ouvriers y jouent du marteau et du marteau-piqueur. De temps à autre, on entend geindre le moteur d'un camion qui gravit péniblement la côte, en première et parfois de reculons, pour aller y livrer des parpaings. Sans compter le rugissement des motocyclettes qui se lancent rageusement à l’assaut de la montagne...
« Last but not least », chacune de nos journées se termine, vers 22 heures, sur quelques coups de canons : des feux d’artifices jaillissent en face d'une plage située plus bas, à quelques 600 mètres d’ici. On peut en admirer les gracieuses gerbes lumineuses depuis notre divan, à travers les grilles des portes patios. Une extravagance qu'un bateau de plaisance offre tous les soirs aux touristes qui y passeront la nuit à danser... loin de la ville et des oreilles, au cœur de la magnifique baie de Banderas.
 

Puerto Vallarta au fond de  la baie.
Ces touristes, urbanistes et investisseurs leur ont créé des bulles bien à eux.
Au départ, une zone hôtelière au nord du centre-ville. Puis, l’industrie des loisirs pouvant déplacer de plus en plus de monde, on leur a carrément dédié une nouvelle ville! Golf et bateaux de croisière inclus…

Le Nuevo Vallarta (photo téléchargée du web)
On peut donc voir maintenant, au loin, un chapelet d’hôtels plus haut les uns que les autres qui se profilent sur la chaîne de montagnes ceinturant la baie au nord. Un Nuevo Vallarta à l'instar de bien d'autres stations balnéaires au monde. Une tentative de mettre la ville en tant que telle à l’abri de l’appétit insatiable des marchands de rêve « forfaits tout compris »?
 La municipalité  n’a toutefois pas tout à fait réussi son coup. Le centre ville s’est presque vidé de sa population locale au profit de petits hôtels, de condominiums privés, de restaurants et de boutiques à souvenirs. De discothèques aussi et de salons de massages… en tous genres… je présume.

Le centre ville se situe au nord de la rivière Cuale (à gauche, sur ce plan-ci).
La flèche pointe vers la place centrale.
Mais elle a au moins réussi à préserver une échelle humaine à ce quartier. Les investisseurs immobiliers n'ont pu transformer son front de mer en une muraille de béton comme celles que j’ai pu voir sur la Costa del Sol espagnole. On peut encore toujours s’émerveiller du scintillement turquoise de l’eau au bout des ruelles qui descendent vers la mer. Là, léché par les vagues, le célèbre Malecón : une longue promenade piétonne ornée de palmiers et ponctuée de nombreuses statues, plus futuristes les unes que les autres. "Le" rendez-vous des adeptes du soleil : des plus jeunes aux plus vieux, des plus dévêtus aux plus élégants, des plus fringants aux gens en fauteuil roulant, du plus hâlé au rouge-écrevisse... de tout et de tous les gabarits!

Neptune et Vénus métamorphosés en sirènes. Mais ici, c'est à Neptune qu'il manque un bras!



Un groupe de jeunes femmes nous demande de les prendre en photo. Elles repartent déjà demain, les unes pour Boston, d’autres pour le Minnesota, dans la grande plaine nord-américaine envahie en ce moment d’air arctique. Elles ont passé ici quatre jours. « Un break » de leur métier d’infermières…


Quatre jours! Les seuls Mexicains qu’elles auront rencontrés sont probablement les employés de leur hôtel (et encore!), quelques serveurs de restaurant et, sur les plages, des vendeurs ambulants cherchant désespérément à leur soutirer quelques pesos. Bel exemple de la théorie néolibérale du ruissellement, où le « trickle down effect » devrait assurer la prospérité à tout le monde… Ha! Ha!


L'artiste a placé ce message au bas d'une magnifique sculpture de sable. En gros, il demande aux gens qui repartiront chez eux avec une photo de son œuvre, d'y contribuer en lui laissant quelques piécettes. Il ne reçoit aucune subvention et dépend donc de ces pourboires.
Le Mexique dispose de soleil. Mais est-ce lui qui finance ces hôtels, ce golf, toutes ces installations de loisir du Nuevo Vallarta? Cela m’étonnerait. Déplacements, hébergement, nourriture, activités... Quelle proportion des sous que dépensent les touristes percole vraiment vers le bas? Quel pourcentage notre beau système renvoie-t-il vers le Nord? Qui tire le plus profit de cette ressource?
 
Qui sait? Une infinitésimale part des « retours sur l'argent » générés ici se retrouve peut-être dans mon chèque de retraitée de l’enseignement en Ontario. « Teachers » n’est-il pas un des plus importants fonds de retraite canadien? Et me voici ici, une statistique de plus parmi tous ces “gringos” que les Mexicains accueillent à bras ouverts.

En ce beau dimanche après-midi, sur le Malecón, un groupe de jeunes s'est précipité sur nous pour nous donner des câlins.  

Selon G.K. Chesterton, “The traveller sees what he sees. The tourist sees what he has come to see.”

Me voilà funambule sur le continuum qui va de l’un à l’autre…