dimanche 17 janvier 2016

D'une bulle à l'autre...

Puerto Vallarta!

2016
Une autre année qui débute…
Un autre mois de janvier d’entamé…
Un autre départ à la poursuite du soleil…
Et une reprise de contact avec mon ami Blog, lâchement délaissé depuis près de dix mois…
Quand je me mets à compter, je n’en reviens pas : serait-ce vraiment déjà la sixième fois que je m’évaderais ainsi? Voyons voir… Cette semaine au Costa Rica, celle qui m’a inoculé le virus, elle date de la Saint-Sylvestre 2011.
Ben oui! Sixième fugue donc… en Espagne ou au Mexique, sauf en 2013, où nous sommes allés en Guadeloupe, ce petit bout de terre française accrochée à l’arc des Antilles. Je troque donc une nouvelle fois mes bulles de chaleur canadiennes, frileusement recroquevillées sous la neige, au profit d’un environnement où sortir ne requiert aucun blindage particulier.

Vue de notre quartier depuis le centre-ville
Adieu, bâtiments hermétiquement clos! J'échange un gymnase sans fenêtres pour des rues inondées de lumière; je substitue, aux corridors aveugles des centres commerciaux, de petites places entourées de boutiques multicolores… Je dors dans une pièce aux portes patios grand-ouvertes au lieu d’une chambre aux fenêtres bouclées. Ici, la vie entre à pleines portes, fenêtres, grillages et autres claustras, qui laissent allègrement passer brises, odeurs et sons.
La baie de Banderas, croquée depuis la terrasse sur le toit de notre édifice.
Et des sons, ici, il y en a!
Du divan où j’écris ces lignes, mes oreilles captent les cris d’enfants jouant sous le préau de l’école maternelle; la voix de leur maître leur apprenant une nouvelle chanson; le jingle que joue le klaxon du livreur de bonbonnes de gaz, des messages inintelligibles lancés à la ronde par des porte-voix ancrés sur le toit de camionnettes... et les concerts d’aboiements qui éclatent dans le quartier à tout bout de champ.
Avant l’aube - et juste à côté de nous - s’élèvent des cocoricos lancinants, auquel d’autres coqs plus loin se dépêchent de faire écho. Puis, au lever du jour, on entend les voisins qui se saluent d’une maison à l’autre et des gens se héler dans la rue. Enfin, du babil : des parents déposent leur enfant à l’école juste en contrebas de chez nous.


Alertée par le bruit de leurs pas sur les galets qui servent ici de pavés, il m’est déjà arrivé de me précipiter au balcon pour voir passer des chevaux. Une fois, ce fut un orchestre ambulant accompagné d’une dame passant le chapeau. Une autre fois, des notes de « Für Elise » nous sont parvenues d’une maison en face, peut-être ce palace construit à coups de millions par un couple de Californiens et dont l’architecture grandiose jure dans le quartier: une jeune fille y suivrait-elle des cours de piano à la tombée du jour?


 

Le balcon blanc en haut est la terrasse où a été prise la photo de la baie. Le nôtre se trouve juste en dessous. Tout en bas, à gauche de la photo: le rez-de-chaussée!
Devant chez nous, la rue est à ce point en pente que l’entrée du salon de beauté, voisin direct du palace, est à la même hauteur que notre balcon! Un peu plus haut, on construit un bloc à appartements. Toute la journée, les ouvriers y jouent du marteau et du marteau-piqueur. De temps à autre, on entend geindre le moteur d'un camion qui gravit péniblement la côte, en première et parfois de reculons, pour aller y livrer des parpaings. Sans compter le rugissement des motocyclettes qui se lancent rageusement à l’assaut de la montagne...
« Last but not least », chacune de nos journées se termine, vers 22 heures, sur quelques coups de canons : des feux d’artifices jaillissent en face d'une plage située plus bas, à quelques 600 mètres d’ici. On peut en admirer les gracieuses gerbes lumineuses depuis notre divan, à travers les grilles des portes patios. Une extravagance qu'un bateau de plaisance offre tous les soirs aux touristes qui y passeront la nuit à danser... loin de la ville et des oreilles, au cœur de la magnifique baie de Banderas.
 

Puerto Vallarta au fond de  la baie.
Ces touristes, urbanistes et investisseurs leur ont créé des bulles bien à eux.
Au départ, une zone hôtelière au nord du centre-ville. Puis, l’industrie des loisirs pouvant déplacer de plus en plus de monde, on leur a carrément dédié une nouvelle ville! Golf et bateaux de croisière inclus…

Le Nuevo Vallarta (photo téléchargée du web)
On peut donc voir maintenant, au loin, un chapelet d’hôtels plus haut les uns que les autres qui se profilent sur la chaîne de montagnes ceinturant la baie au nord. Un Nuevo Vallarta à l'instar de bien d'autres stations balnéaires au monde. Une tentative de mettre la ville en tant que telle à l’abri de l’appétit insatiable des marchands de rêve « forfaits tout compris »?
 La municipalité  n’a toutefois pas tout à fait réussi son coup. Le centre ville s’est presque vidé de sa population locale au profit de petits hôtels, de condominiums privés, de restaurants et de boutiques à souvenirs. De discothèques aussi et de salons de massages… en tous genres… je présume.

Le centre ville se situe au nord de la rivière Cuale (à gauche, sur ce plan-ci).
La flèche pointe vers la place centrale.
Mais elle a au moins réussi à préserver une échelle humaine à ce quartier. Les investisseurs immobiliers n'ont pu transformer son front de mer en une muraille de béton comme celles que j’ai pu voir sur la Costa del Sol espagnole. On peut encore toujours s’émerveiller du scintillement turquoise de l’eau au bout des ruelles qui descendent vers la mer. Là, léché par les vagues, le célèbre Malecón : une longue promenade piétonne ornée de palmiers et ponctuée de nombreuses statues, plus futuristes les unes que les autres. "Le" rendez-vous des adeptes du soleil : des plus jeunes aux plus vieux, des plus dévêtus aux plus élégants, des plus fringants aux gens en fauteuil roulant, du plus hâlé au rouge-écrevisse... de tout et de tous les gabarits!

Neptune et Vénus métamorphosés en sirènes. Mais ici, c'est à Neptune qu'il manque un bras!



Un groupe de jeunes femmes nous demande de les prendre en photo. Elles repartent déjà demain, les unes pour Boston, d’autres pour le Minnesota, dans la grande plaine nord-américaine envahie en ce moment d’air arctique. Elles ont passé ici quatre jours. « Un break » de leur métier d’infermières…


Quatre jours! Les seuls Mexicains qu’elles auront rencontrés sont probablement les employés de leur hôtel (et encore!), quelques serveurs de restaurant et, sur les plages, des vendeurs ambulants cherchant désespérément à leur soutirer quelques pesos. Bel exemple de la théorie néolibérale du ruissellement, où le « trickle down effect » devrait assurer la prospérité à tout le monde… Ha! Ha!


L'artiste a placé ce message au bas d'une magnifique sculpture de sable. En gros, il demande aux gens qui repartiront chez eux avec une photo de son œuvre, d'y contribuer en lui laissant quelques piécettes. Il ne reçoit aucune subvention et dépend donc de ces pourboires.
Le Mexique dispose de soleil. Mais est-ce lui qui finance ces hôtels, ce golf, toutes ces installations de loisir du Nuevo Vallarta? Cela m’étonnerait. Déplacements, hébergement, nourriture, activités... Quelle proportion des sous que dépensent les touristes percole vraiment vers le bas? Quel pourcentage notre beau système renvoie-t-il vers le Nord? Qui tire le plus profit de cette ressource?
 
Qui sait? Une infinitésimale part des « retours sur l'argent » générés ici se retrouve peut-être dans mon chèque de retraitée de l’enseignement en Ontario. « Teachers » n’est-il pas un des plus importants fonds de retraite canadien? Et me voici ici, une statistique de plus parmi tous ces “gringos” que les Mexicains accueillent à bras ouverts.

En ce beau dimanche après-midi, sur le Malecón, un groupe de jeunes s'est précipité sur nous pour nous donner des câlins.  

Selon G.K. Chesterton, “The traveller sees what he sees. The tourist sees what he has come to see.”

Me voilà funambule sur le continuum qui va de l’un à l’autre…

Aucun commentaire:

Publier un commentaire