vendredi 24 février 2017

Les Peulhs au pays de la "Teranga"

Au pays de la teranga

Croisière au fil du fleuve Sénégal – Jour 4
Après le « petit-déjeuner», embarquement dans l’annexe du bateau. Cap : un village peulh dans les environs.



Les peulhs sont un ensemble de groupes humains fréquentant depuis des millénaires – et sur plus de 7 000 kilomètres de large –  la frange sud du Sahara, qu'ils auraient peuplée petit à petit depuis le sud de l'Égypte jusqu'à l’Atlantique. Une région où il ne pleut que pendant une très courte période de l’année, suivie d’une très longue saison sèche qui peut durer plus de huit mois. Pas question de vivre d’agriculture donc…

Même si, depuis peu, une partie d’entre eux se sont sédentarisés, beaucoup sont toujours pasteurs. Menant leurs troupeaux là où ils leur trouveront à manger, ils parcourent chaque année de très longues distances, remontant loin vers le nord quand il y pleut, puis descendant par étapes vers le sud plus verdoyant, au fur et à mesure que leurs zébus finissent de brouter les rares touffes d’herbes restantes, déjà séchées sur pied.

Photo de Gilbert, prise en janvier 2003, au nord du Cameroun (au Sénégal, il n'y aurait pas ces collines). Les routes traditionnelles de ces éleveurs se fichent royalement des frontières modernes.

Au nord, durant « l’hivernage » –  c’est ainsi que les Sénégalais appellent leur saison des pluies – ces éleveurs restent sur place pendant quelques mois. Comme ils n’y prennent leurs quartiers que temporairement, ils se construisent des huttes provisoires, qu’ils abandonneront lorsque l’herbe se fera rare et qu’il leur faudra, pour une énième fois, lever le camp. 
C’est d’un de ces campements que nous nous approchons en ce moment. De loin déjà, la différence d’avec le village des Toucouleurs visité il y a deux jours est saisissante.



Chaque hutte est constituée d’une structure ovale, faite de branchages glanés ici et là et solidement attachés. Par-dessus, plusieurs couches de feuilles oblongues qui, à l’instar de pelures d’oignon, maintiendront la fraîcheur de la nuit dans la maison. On n’y fait d’ailleurs pas grand-chose d’autre que dormir. Tout le reste se fait dehors.


En photographe "expérimentée" que je suis, je suis partie sans pile de rechange.
Heureusement qu'il y avait Donna! Toutes les autres photos de ce site sont d'elle.
































À peine à l’écart, ruminantes, les vaches nous regardent passer d’un air plutôt blasé, à l’exception d’un taureau dont notre guide nous conseille de nous méfier : « Ne le regardez surtout pas directement dans les yeux! »
Ces animaux constituent l’unique fortune des Peulhs et ils en sont éminemment fiers. La vache, symbole de richesse et source de prestige, est quasi sacrée. En dehors de très grandes et rares occasions (funérailles d'un chef de village, p. ex.) on ne tue pour ainsi dire jamais une bête ici : on se contente d’en tirer le lait, qui sert de base à l’alimentation. Un des gamins qui nous suit a des aphtes plein la bouche, indice d’une probable carence en vitamines B, pas surprenante, vu qu'on mange si peu de viande chez lui. Ce n’est cependant pas le cas du bambin ci-dessous, intimidé par la horde de touristes que nous sommes.


Cette maman s’attendrit de voir son gamin s'agripper à son bras.
Dernière photo prise avant que ma caméra ne déclare forfait.

Les Peulhs étant nomades, ils s’arrangent pour n’avoir à transbahuter qu’un minimum de bagages. Point de meubles donc, et encore moins de vaisselle. On dort sur des nattes et, à l’heure des repas, aucun couvert n'est requis : on s’assoit en rond autour d’un grand plat circulaire et on se sert de ses doigts, sans plus.

Petite concession: nous mangeons avec des cuillères.

 La veille, les autres passagers et moi avions vécu une expérience un peu pénible (pour moi, en tout cas) : un repas à la berbère, à l’ombre paradisiaque d’un bosquet de manguiers, où nous étions sensés être assis à huit, en tailleur, autour d’un plat de ce genre. En tailleur! Avec mon genou gauche qui refuse de plier à moins de 30°! Pas moyen non plus d’étendre les jambes à droite ou à gauche, sans envahir l’espace dévolu au voisin.
Comme je n’étais pas la seule à avoir du mal à m’asseoir ainsi, nous avons fini par n’être que quatre autour d'un plat, couchées sur le côté, en équilibre instable sur un coude, l’autre bras servant de perche pour aller chercher la nourriture à un demi-mètre de soi. Ouf!

Beaucoup de Sénégalais continuent de manger de la sorte, y compris ceux qui habitent maintenant en ville. Il en sera ainsi dans notre famille d’accueil, où l'on nous munira plutôt de fourchettes et où, à mon grand soulagement, nous serons assises sur des chaises autour d’une table, dans une salle à manger à l’européenne, pièce plutôt rare par ici. Depuis ce pique-nique j’avais la hantise d’avoir à « expliquer mon cas » à mon hôtesse et de devoir demander à être traitée différemment du reste de la famille. Comme entrée en matière dans mon « expérience interculturelle », ç’aurait été le pompon!




Les ustensiles de cuisine sont une des rares possessions de ces dames. Elles les trimbaleront avec elles d’un bivouac à l’autre, sur une charrette où elles auront aussi empilé nattes et enfants, à l’exception de quelques-uns de leurs garçons. Chez ce peuple qui a essaimé l’Islam au sud du Sahara, la formation religieuse des enfants est primordiale. On les envoie donc apprendre le Coran par cœur auprès d’un marabout. Au moment de lever le camp, les parents n'hésiteront pas à lui confier certains garçons jusqu’à leur retour dans la région, théoriquement huit mois plus tard. Parfois cependant, ces gamins ne reverront leurs parents qu'après trois ou quatre années, selon les tribulations que leur auront imposé leurs transhumances. Et parfois, ils ne les reverront jamais...
Je reviendrai sur le sort tragique qui attend certains de ces « talibés », que leur marabout aura fait migrer en ville, un phénomène assez récent et plutôt malheureux, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et continue de le faire…

C'est à l'existence de ce puits que le village doit son emplacement. La dame nous a appris que l'eau n'en était cependant pas potable. Pour cuisiner, on lui rajoute de l'eau de javel.

Les petites filles, elles, accompagneront leur maman : on en a bien trop besoin pour garder le petit frère ou la petite sœur (qu’elles portent d’ailleurs dans le dos dès le plus jeune âge), pour pilonner le grain ou pour aller chercher de l’eau à des kilomètres… toujours accompagnées d’adultes, cela va de soi. Il faut bien préserver leur virginité, n'est-ce pas? Une autre raison, peut-être, de ne pas les laisser aux bons soins du marabout?
Selon notre chauffeur, les épouses suivront leur époux de loin en loin, passant le plus souvent possible par les villages éparpillés le long de l’itinéraire emprunté par les bœufs, où – toujours selon lui – elles seront accueillies à bras ouverts, teranga oblige.



Ah, la teranga, cette fameuse hospitalité sénégalaise, née de tant de mouvements de populations venus buter sur la mer. Il s’est effectué, dans ce Finistère de l’Afrique, un tel brassage d’ethnies que – question de survie – il leur a bien fallu apprendre à vivre ensemble. Cette ouverture devant l’étranger, devenue légendaire, se voit partout. Entre autre dans l’accueil qui est fait aux transhumants d’outre-frontière, ayant mis le cap au sud en quête d’herbe, eux aussi.



Le long de la grand-route qui mène de St-Louis à Dakar, nous avons donc remarqué à plusieurs reprises de grandes tentes plantées ça et là : des nomades mauritaniens qui s’installent pour quelques jours, après avoir été en demander respectueusement la permission au chef du village, qui se doit de la leur octroyer, « teranga oblige », et ce, en dépit d'horribles accusations de racisme anti-noirs portées contre certains Mauritaniens. Il y a quelques années, leurs exactions ont d'ailleurs causé un incroyable flot de réfugiés mauritaniens de race noire au Sénégal (près de 70 000, à en croire les journaux).
J’y reviendrai dans une autre entrée de ce blog, si jamais j'y arrive... « Inch Allah! ».

Quelle surprise que de voir ces animaux du désert déambuler dans la savane. Accompagnent-ils leurs maîtres mauritaniens dans leur odyssée vers le sud, ou vont-t-ils les livrer aux pourvoyeurs, dans le désert de Lompoul au nord de Dakar, pour y promener des touristes sur leur dos?


mercredi 25 janvier 2017

Chez les Toucouleurs

Auprès de mon arbre, je vivais heureux...
 (Brassens)

Un essaim d’enfants dévale la pente qui mène à l'endroit où vient de s’échouer "l’annexe" de notre bateau.

Nous avons régulièrement utilisé cette barge-ci pour nos excursions vers des endroits 
accessibles seulement avec un bateau à fond plat.
À peine le pied à terre que des gamines nous prennent par la main et nous entraînent gaiement vers les premières huttes en pisé près du débarcadère. Selon notre guide, il s’agit de l’accueil le plus enthousiaste qu’une communauté Toucouleur puisse réserver.
- Si, quand vous débarquez, vous ne voyez aucun enfant, nous prévient-il, c’est que les gens du village ne veulent pas de vous chez eux. Déguerpissez!


 

La visite d’un village de l’ethnie Toucouleurs fait partie du programme de la semaine, comme celle d’un campement Peuhl prévue pour le surlendemain.
L’entreprise qui gère la croisière a manifestement bien négocié la chose : nous sommes plus que bienvenus. Nous apprendrons par la suite, lors d’une allocution donnée par l’instituteur du village, que c’est cette « Compagnie du fleuve » qui a construit leur nouvelle école, ce qui évite aux enfants du village de devoir parcourir quatre fois par jour les trois kilomètres qui les séparent de l’école publique la plus proche.
On s’est demandé, Donna et moi, si la compagnie payait également le salaire de l’enseignant…

L'école semble avoir trois classes: une en plein air; celle en dur dont on voit l'extérieur ci-dessus et l'intérieur ci-dessous, ainsi qu'une en pisé qui semble encore servir, les pupitres étant neufs.















Le village s’est manifestement préparé à notre venue : pas une seule bouteille de plastique en vue... Tout est nickel!
Et les gens plus que disposés à nous montrer leur mode de vie et leurs façons de faire.

La maison typique
Côté face: Entrée principale donnant sur une terrasse très légèrement surélevée 

abritant, à un bout, la cuisine.

Côté pile : l'étable, le grenier et le cheval, pour les déplacements en charrette.

La cuisine, avec deux braseros.

Un tapis de paille multicolore sur la terrasse, pour jaser entre amis ou dormir à la belle étoile

Briques séchant au soleil, composées essentiellement de glaise et de paille, 
celle-ci constituant un excellent isolant contre la chaleur. 
En périodes de grandes chaleurs, il peut faire jusqu'à 20° de moins dans la maison.


À gauche, une jeune fille montre à des touristes comment
on écrase des céréales dans un mortier à l'aide d'un pilon.
La dame tient un enfant par la main...
Ci-dessus, démonstration de la préparation de la semoule.



















Pendant ce temps. des gars s'emploient à ramener les protéines du souper.
Un peu à l'écart des maisons, les lieux d'aisance...



... ainsi que quelques enclos où l'on garde sous haute surveillance les derniers arrivés ainsi que leur maman.

Le reste du bétail est au loin, pour mettre les champs cultivés à l'abri de leur appétit vorace.


Grâce à des travaux d'irrigation, on fait pousser de quoi à l'année longue. En saison des pluies, du riz, puis des cultures maraîchères.



Le système de clapet pour faire entrer l'eau
dans les canalisations
 



Les champs sont préparés la saison précédente, en sillons et billons. Quand nous étions à Yaoundé, Gilbert et moi, il y a de cela déjà plusieurs années, Marguerite, notre hôtesse, nous avait expliqué cette technique traditionnelle, qu'elle utilisait dans son jardin potager. Au moment de la récolte, on garde précieusement tout ce qui ne se mange pas. Une fois le champs vidé, on place ces amas de tiges et de feuilles en longues rangées, qu'on recouvre soigneusement de terre en creusant de profonds sillons de chaque côté. Sous ces petites buttes, cette matière organique se transforme en riche compost.
Ainsi, sous des dehors qui peuvent sembler frustres, cette petite communauté possède tout ce dont elle a besoin, sinon plus. 
Voyez seulement:
Un panneau solaire pour alimenter la télévision, captée à l'aide d'une soucoupe.
Qui dit mieux?

dimanche 22 janvier 2017

À force de jouer aux castors...

Empreintes écologiques

Samedi 14 janvier, midi. À l’hôtel La Résidence de St-Louis, nos deux valises, sagement rangées dans le patio en bas des escaliers, se voient tout à coup submergées par un flot de bagages que des chauffeurs débarquent du toit de deux véhicules: arrivée de la prochaine fournée de touristes qui embarqueront sur le Bou El Mogdad, un ancien cargo desservant la vallée du Sénégal, transformé en bateau de croisière, suite à la construction d’une route sur la berge sud du fleuve. Détrôné par les camions... 
« Déjeuner » à l'hôtel à 13 heures, puis départ pour Podor, à l’intérieur des terres, où nous attend le bateau.

Embarquement au soleil couchant

Dès la sortie de St-Louis, le paysage confirme que nous ne sommes plus logés à la même enseigne : voilà enfin de vrais palmiers, et de-ci, delà, des champs irrigués. Hier, nous traversions des villages dispersés dans la savane. Aujourd’hui, de gros bourgs animés. Manifestement, le fleuve fait toute une différence…



Rive nord : La Mauritanie.
Rive sud : Le Sénégal.
À croire ce qu'on nous en dit, la Mauritanie ressemblerait un peu au Far-West d’antan : bandes de nomades sans foi ni loi parcourant le désert, contrebande alimentée par l’absence de taxe de vente, kalachnikovs qui se négocient pour trois fois rien… 
En comparaison, le Sénégal serait le paradis de la Loi et de l’Ordre! Chaque bourg sur le fleuve compte un détachement de gendarmes chargés de surveiller la frontière. La Gendarmerie de St-Louis va même jusqu’à poster deux de ses membres directement sur le Bou El Mogdad. Cette semaine, ce sera au tour de Niann et de Sar d’assurer notre sécurité. L’un d’eux nous accompagnera chaque fois que nous mettrons pied à terre. En civil...

Ces dames débarquent d'une grande pirogue qui sert de traversier

De prime abord, pas trop de différences entre les deux berges… mais, petit à petit, les indices s’accumulent. Par-delà les roseaux qui, des deux côtés, balancent leurs chatons blancs à deux mètres de hauteur, on aperçoit, au sud, des arbres, des champs, des pistes, des établissements humains en dur; au nord, de plus en plus souvent, de vastes étendues de sable et des villages qui tendent à n'être que de simples campements.

Rive sud
Rive nord
Dire que sur cette rive nord, il y a quelques siècles, poussait une forêt d’acacias. Leur sève allait être une source inépuisable de gomme arabique, que des commerçants de Saint-Louis exporteraient à tout jamais vers des usines textiles de la métropole.

Pépites de résine d'acacias
Cercle vicieux : du 17e au 19e siècle, le déboisement dû à la surexploitation de ces arbres, conjugué au réchauffement du climat, a décimé la forêt. Au nord, faute d’intervention, le désert s’étend maintenant presque partout jusqu’au fleuve. Au sud, des travaux d’irrigation permettent en ce moment de lui barrer la route... à tout le moins dans la vallée de ce fleuve.




Pour ce faire, il s’est construit plusieurs barrages en amont du fleuve. La terrible sécheresse au Sahel, au cours des années 70 et 80, dont les images ont bouleversé le monde, a entraîné la construction de celui de Diama, en aval. Il empêche les eaux de l’océan Atlantique de remonter loin à l’intérieur des terres en période de basses eaux, un phénomène qui salinisait dangereusement les terres arables.


Mais le nouvel écosystème ainsi créé est mis en péril par la façon dont les pays riverains gèrent les eaux du fleuve. En période de crue, celui-ci inondait largement sa vallée, permettant à l’eau de bien imbiber les zones humides et d’y déposer de riches limons. Ces grandes crues, ardemment souhaitées par les écologistes, tardent à se matérialiser. La production d’énergie hydroélectrique, le maintien d’un tirant d’eau suffisant pour la navigation en amont, et d’autres enjeux économiques ont souvent préséance. On renâcle à relâcher les eaux, en dépit des conséquences qu'on sait. 
Huit mois de saison sèche, pourtant, ça ne se survit pas sans réserves...

Serait-on condamnés à toujours se tirer dans le pied, quoi qu’on fasse?

samedi 21 janvier 2017

Premières impressions

D’une vie en noir et blanc à des tirages couleurs…


Janvier étant réapparu au calendrier, voici que, pour une ixième fois, je reprends contact avec mon ami Blog, fidèle compagnon de mes fugues sous les tropiques. Cette fois-ci, ce sera au tour du Sénégal de nous accueillir, mon amie Donna et moi.

Gilbert étrenne sa souffleuse à neige
Adieu donc…
Oh! Grands froids qui assignent à résidence;
Oh! Obligation d’enfiler un scaphandre pour mettre le nez dehors;
Oh! « Sloche » qui restreint la marche sur les trottoirs;
Oh! Beau manteau blanc où l’on s’embourbe jusqu’aux fesses;
Oh! Flocons de neige qui s’infiltrent et dégèlent en filets glacés;
Oh! Basta!
Et vive le sentiment de liberté qui m’envahit toute entière à pouvoir, tout simplement, me mouvoir sans entraves du dedans au dehors… et dehors!


Ci-contre, la "salle" à manger du petit hôtel où nous sommes descendues à Dakar. 
La clôture est couverte de bougainvilliers.

Alors donc, cette année, ce sera le Sénégal que je verrai à travers les lentilles dont m’a doté la vie : quelques notions d’histoire par ci, de géographie par là, des bribes d’anthropologie…  et quelques jours de formation aussi, à Montréal, avant le départ, en « sensibilisation interculturelle ».
Couplés, ces filtres, à l’immense plaisir de me retrouver sur le continent où j’ai vu le jour et de côtoyer à nouveau ces Africains à la joie de vivre légendaire, le cœur sur la main, auprès de qui j’ai vécu mon enfance et mon adolescence. 
Papayers, palmiers, bananes plantain, couleurs, odeurs… tout me prend aux tripes.

Lavandières sur le fleuve Sénégal
Cela ne fait encore que quelques jours que nous sommes ici. Pour le moment, il ne s’agit donc que de premières impressions… mais déjà voici que se profilent quelques thèmes que j’approfondirais volontiers : la façon dont certains Africains de l’ouest vivent l’Islam; les talibés, ces enfants mendiants à la solde de (faux?)-marabouts; la ville vs la campagne; l’influence de la Francophonie, la désertification, certaines entraves au développement… 
On verra bien!


En hors d’œuvre, quelques images des paysages que nous avons traversés en route de Dakar à St-Louis. Une fois passées les agglomérations urbaines de Dakar et de Thiès, on passe insensiblement d’un écosystème dominé par de très nombreux baobabs à une savane arborée qui, si elle n’était pas occupée par les humains, abriterait une faune comparable à celle qui parcoure les plaines de l’Afrique de l’est, fréquentées par des hordes de touristes friands de safari. Il paraît que les derniers lions et léopards ont été abattus par ici dans les années 1930.



De la voiture, je visualise des troupeaux de gnous, de gazelles, d’antilopes et de zèbres… et sous les acacias, des girafes enfilant prudemment leur longue langue étroite entre les épines pour aller cueillir leurs petites fleurs jaunes ou de tendres pousses vertes sur les branches... comme on en avait vu, Gilbert et moi, dans le parc de Waza, au nord du Cameroun, il y a bientôt 15 ans. 
Ces ruminants sauvages ont été remplacés ici par des zébus astreints, eux aussi, à une transhumance saisonnière.



Sans compter les milliers de chèvres qui  tentent d’y grappiller de quoi, aux alentours des villages. Nous traversons en effet régulièrement des agglomérations pleines d’animation, les kiosques des marchandes débordant quasiment sur l’asphalte que se disputent charrettes tirées par des mulets, autobus chargés de bagages, camions de marchandises, bicyclettes, et tout autre engin muni de roues. Des bourgs qu’annoncent hélas, immanquablement, des amoncellements de détritus le long de la route.


Scène croquée par Donna le long d'une rue commerçante

Au bout de près de 300 km. d'une route goudronnée bien entretenue, un grand pont enjambe le bras le plus large du fleuve Sénégal. Il relie la terre ferme à la fameuse île St-Louis tombée, selon un dépliant touristique, « en somnolence » puis « en léthargie » après avoir été déchue de rôle de capitale de l’Afrique occidentale française il y a un demi-siècle.



Tout récemment, son passé historique et l’architecture mauresque typique de certaines maisons ont motivé l’UNESCO à la classer parmi les sites du patrimoine mondial à préserver… ce qui ouvre la porte à d’éventuelles subventions. L’espoir fait vivre…