Cet hiver-ci, c’est dans le sud de la France que nous allons nous soustraire aux rigueurs de l’hiver canadien. Logiquement, ce premier article devrait déborder de clichés classiques : vignes, vieilles pierres, mer et falaises... Ce ne sera cependant pas le cas.
Pourquoi donc ?
Parce que le 9 janvier, jour de notre départ pour le pays de la Déclaration des droits de "l’homme", là-bas, une centaine de personnalités féminines lui en conféraient un nouveau : celui "d’importuner les femmes", rien de moins.
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" I love Catherine Deneuve"
| Cette star faisant partie des signataires, le texte a immédiatement eu une portée internationale |
Une prise de position faite au nom de la lutte au puritanisme, estimant que le
mouvement « #metoo - #balancetonporc », sert en réalité les
intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des
pires réactionnaires, ... de la morale victorienne… etc.
Un pavé dans la mare, dont les vagues allaient aussitôt traverser l’Atlantique et inonder ma page Facebook de commentaires délirants. Atterrissage à Genève, visites dans la famille, plongeon de 600 km vers le sud, installation… Je n’y pense plus.
Un pavé dans la mare, dont les vagues allaient aussitôt traverser l’Atlantique et inonder ma page Facebook de commentaires délirants. Atterrissage à Genève, visites dans la famille, plongeon de 600 km vers le sud, installation… Je n’y pense plus.
Sauf que…
Voici le tableau qui m’accueille dans ma nouvelle chambre à coucher.
Un Monsieur-Bouledogue en smoking qui se donne la liberté
d’importuner Madame. Heureusement pour elle ! Car - selon les
signataires du texte - ça lui donne, à elle, la liberté de dire
non à une proposition sexuelle. Une liberté dont elle ne pourrait
jouir si lui n’avait pas celle de l’importuner. Ouf ! Du 1 pour 1.
Match nul.
La vue de ce faune à tête de chien - et sabots de satyre sous la table ? - me
relance matin et soir : « Ah, oui, il
faudrait quand même bien que je le lise, ce texte. »
Mais il y a tant de choses à voir dans la région, tant de choses à faire... Le temps file.
Mais il y a tant de choses à voir dans la région, tant de choses à faire... Le temps file.
Samedi soir : soirée-cabaret au restaurant Les amis de
Georges à Sète, ville natale de Brassens. Deux, trois chansons, puis : « Je suis un voyou » de ce dernier.
Il y est question de Margot, Princesse vêtue de laine - Déesse en sabots...
…J'ai mordu ses
lèvres - Pour savoir leur goût - Elle m'a dit, d'un ton sévère - "Qu'est-ce que tu fais là ?" - Mais elle m'a laissé
faire - Les filles, c'est comme ça… C'était une fille sage - J'ai croqué dans son corsage - Les fruits
défendus - Elle m'a dit d'un ton sévère - "Qu'est-ce que tu fais là
?" - Mais elle m'a laissé faire - Les filles, c'est comme ça.
Puis, j'ai déchiré sa robe - Sans l'avoir voulu - Le Bon Dieu me le pardonne - Je n'y tenais plus! - Margot doit avoir - A l'heure qu'il est - Deux ou trois marmots qui pleurent
- Pour avoir leur lait - Et, moi, j'ai tété leur mère -Longtemps avant
eux - Le Bon Dieu me le pardonne - J'étais amoureux !
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"Boys will be boys", n'est ce pas?
Me revient un commentaire de Belinda Cannone, suite au déluge de témoignages #metoo
… aucun homme ne peut plus feindre d’ignorer la violence contenue dans des attitudes qui passaient jusqu’ici pour acceptables sinon normales… Attitudes que Brassens encense dans plus d'une de ses chansons et qui, de son temps, passaient comme une lettre à la poste.
Me revient un commentaire de Belinda Cannone, suite au déluge de témoignages #metoo
… aucun homme ne peut plus feindre d’ignorer la violence contenue dans des attitudes qui passaient jusqu’ici pour acceptables sinon normales… Attitudes que Brassens encense dans plus d'une de ses chansons et qui, de son temps, passaient comme une lettre à la poste.
Une centaine de Françaises défendraient donc encore cette façon si "gauloise"
de voir les choses ?
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| - Du harcèlement sexuel à l'université, ça existe encore? - Nooon... Quelques gauloiseries, tout au plus... |
Assez tergiversé. Il me faut tirer cela au clair.
Et d'abord m’assurer que l’expression « liberté d’importuner » vient bien des auteures du texte et non d’une manchette à sensation. Je le déniche sur un blog et... Consternation! L’expression est bien d’elles…
Et d'abord m’assurer que l’expression « liberté d’importuner » vient bien des auteures du texte et non d’une manchette à sensation. Je le déniche sur un blog et... Consternation! L’expression est bien d’elles…
Comment est-ce possible ? Qu’est-ce qui a bien pu mener les rédactrices de cette lettre ouverte à
fixer leur choix sur ce verbe ? Qui s’apparente à achaler, agacer, assommer, contrarier, déplaire,
déranger, désoler, embarrasser, embêter, emmerder, empoisonner, énerver, ennuyer,
excéder, gêner, incommoder, perturber, tourmenter, tracasser, troubler. Et je n'ai pas retenu ici assaillir,
assiéger, obséder, les autres synonymes proposés sur http://www.synonymes.com/synonyme.php?mot=importuner .
Importuner… Une stratégie de séduction ?
Moi qui pensais qu'un enquiquineur ne pouvait que se mettre à dos la personne qu'il "importune".
Pour cette centaine de femmes, donc, cette réaction foncièrement
naturelle s’inverserait par miracle chez leurs congénères, sitôt que
n'importe quel quidam leur aurait, par surprise, touché un genou,
tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d'un dîner
professionnel, ou … envoyé des messages à connotation sexuelle.
Moyens infaillibles, raccourcis immanquables pour les faire tomber
dans son lit...
En tous cas, pas de l'avis des milliers de femmes qui, via #metoo,
clament que de tels messages, de tels attouchements, venant de personnes dont
elles n’ont que faire, les ont profondément rebutées.
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Les femmes seraient-elles, aux yeux des signataires de ce manifeste,
si réfractaires à toute sexualité? Et les hommes si dépourvus de moyens de
séduction qu’il leur serait indispensable, pour arriver à leurs fins, d’avoir recours à ces procédés ?
D’effeuiller ainsi la marguerite :
l’achaler un
peu ;
l’embêter beaucoup ;
la tourmenter passionnément ;
l'excéder à la folie...
Mais la troubler ? Pas du tout!
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Et les auteures d’en rajouter : Il faudrait
que les femmes soient assez adultes pour ne pas se formaliser de ces gestes
malvenus.
« Ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro », par exemple.
Allez dire cela à la gamine de treize ans qui doit ainsi sa première expérience
« sexuelle » à un parfait inconnu, goujat de surcroît.
Ou à toutes ces femmes qui, à
Mexico, une fois la nuit tombée, se réfugient dans les rames de métro que la
ville leur réserve à partir de 18h00.
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Aux cibles de ces mains baladeuses, elles vont jusqu’à suggérer de faire comme s'il ne s'était rien passé : d’envisager ce tripotage comme un non-événement,
la simple expression d’une grande misère sexuelle, digne de leur
compassion. De passer l’éponge, donc...
De pauvres bougres, ces petits voyous. Ils n’y tenaient tout simplement plus! Le Bon Dieu le leur pardonne. Et ces dames ci-devant, aussi.
De pauvres bougres, ces petits voyous. Ils n’y tenaient tout simplement plus! Le Bon Dieu le leur pardonne. Et ces dames ci-devant, aussi.
À se demander sur quelle planète elles vivent, ces donneuses de leçons.
Selon des recherches à l’INED (Institut national
d’études démographiques) drague importune, harcèlement et violence … ont
moins pour but de "satisfaire
des besoins sexuels"
que de créer des situations intimidantes, voire humiliantes, rappelant que
l’espace public est le lieu des hommes. Ce sont des actes de pouvoir
unilatéral. Il en va de même des injures, qui comprennent souvent des épithètes
sexuelles dévalorisantes pour les femmes fréquentant l’espace public et qui
contribuent à les en détourner.
À la ville de Mexico, ces tactiques semblent très efficaces… du moins en ce qui concerne la fréquentation du métro le soir.
Quant au « harcèlement sexiste au travail », toujours selon
Michel Bozon de l’INED, il utilise également la sexualité pour signifier aux
femmes leur illégitimité professionnelle ou leur subordination aux hommes.
C’est une forme de discrimination au travail.
Bref, une stratégie pour les renvoyer à leurs casseroles.
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| FEMMES Comment ça! Vous n'êtes pas restées dans vos cuisines, nu-pieds et enceintes? |
Parmi les commentaires que ce manifeste a suscités, en voici un de
la part d’une victime ... masculine.
Moi aussi je suis une victime…
Ouais et les femmes – certaines femmes… – n’importunent-elles pas les
hommes en livrant à leur regard leurs mamelles savamment pushed up ou ne
laissant rien à l’imagination avec des leggins ou autres pantalons slim moulant
leurs fessiers plus ou moins rebondis, pour ne parler que de l’arrière.
Ironique, non ? Rappelons que c’est la lutte au puritanisme et aux
extrémismes religieux qui a poussé ces dames à signer ce texte. Voici que cet
homme trouverait même à redire à la façon dont la volleyeuse de gauche est
habillée. Ne porte-t-elle pas un genre de leggin ?
En avant toute : la volleyeuse en abaya, s’il vous plaît !
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Ah, oui… J’oubliais : Le regard !
Dans son commentaire, cet homme le mentionne en effet par deux fois...
Certaines théories
psychologiques avancent que le regard masculin aurait effectivement quelque chose à voir avec tout ce phénomène. Il serait en effet sujet à un biais de
surestimation sexuelle.
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"Racional", oeuvre d'un artiste cubain, Yoan Capote, sculpté à l'âge de 24 ans.
Dichotomie entre pensée et désir, raison et instinct.
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Ce « défaut cognitif » fait en sorte que des hommes ("pas les femmes") sont
parfois persuadés que certaines personnes leur portent un intérêt sexuel
alors qu’elles ne le font pas.
Une situation déjà assez dramatique quand ils
méprennent l’attitude amicale d’une collègue pour des avances, mais carrément
dangereuse, par exemple, quand ils prennent pour de la séduction l'enjouement
et l’affection d'un enfant.
Un regard donc qui, décrypté par un cerveau sous
influence, ne retiendrait, chez les femmes, que leur capacité à provoquer le
désir.
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Un regard qui conditionnerait le traitement de ces dernières dans leur société, selon que ce désir y est considéré illicite ou lucratif. Ce « biais de perception », cette distorsion de l’esprit, fonderait donc le fonctionnement de sociétés entières.
Là, on gomme les femmes de la sphère publique
pour éviter aux hommes les tentations "intenables" auxquelles leur
vue les soumettrait.
Ici, on donne aux hommes la liberté de les « importuner »
quand elles s’y risquent …
Là, on impose des restrictions sévères
aux activités permises aux dames...
Ici, on assiste à un réductionnisme affligeant, et ce, jusque sur la scène politique, où on s'émeut plus de ce que Madame
« le » ministre porte que des politiques qu’elle
préconise...
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Là, une sexualité occulte, cachée, en sous-main...
Ici, une exploitation tous azimuts de cette dernière : une hyper
sexualisation de la publicité pour vendre tout et n'importe quoi ; et un culte
du corps ravageur, base d’une industrie florissante, et à l'aune duquel on
jauge la gent féminine, soumise à des pressions énormes pour se conformer à
des modèles inatteignables.
Un regard donc, aux ramifications radicales et drastiques… y compris dans ce qui nous intéresse ici, cette
fameuse « liberté d’importuner ».
Les recherches en question avancent en effet que
ce biais
de perception » pourrait être impliqué dans le phénomène du
"harcèlement sexuel", une expression qui brille cependant par
son absence dans le texte de ces dames.
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Car, pour elles, entre galanterie d’une part et agression
sexuelle de l’autre, il n’y aurait que cette drague insistante ou
maladroite avec laquelle les femmes devraient apprendre à
composer... au nom de la liberté sexuelle.
La liberté sexuelle de qui ? De quelques petits "voyous"?
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| À les suivre, les femmes devraient s’accommoder du fait que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage. Celle des femmes aussi? |
Nous considérons, disent-elles, qu’il faut savoir
répondre à cette liberté d'importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle
de la proie. Selon elles, les femmes ont toujours la liberté de dire
non et s’il arrive des accidents qui peuvent toucher le corps d'une femme, ils n’atteignent
pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils
parfois (sic), nécessairement faire d’elle une victime
perpétuelle.
Car, affirment-elles encore, nous ne sommes pas réductibles
à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable.
Servirait-on ce genre d’arguments à quelqu’un qui
exerce sa liberté d’expression dans un pays totalitaire, où le gouvernement
prend la liberté d’importuner ses citoyens ? Leur liberté intérieure étant inviolable, les censurés, muselés, congédiés, poursuivis, emprisonnés ou torturés auraient tort de
décrier ces "libertés" que leur gouvernement s'arroge.
Ça va pas ?
Pour ces signataires, le mouvement #metoo, au-delà de la
dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Comme si la sexualité était un phénomène
exclusivement masculin.
Comme si dénoncer le harcèlement et les pressions indues
correspondait à rayer toute sexualité de la carte.
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À mon avis, c'est tout le contraire qui se passe. Le mouvement #Metoo participe en effet à une tendance de fond : le progrès « de scénarios sexuels égalitaires ». Selon Michel Bozon de l’INED, la passivité féminine a cessé d’être la norme et le désir mutuel est désormais une composante ordinaire et attendue du rapport sexuel. |
Révolue, l’époque où « les rapports avaient lieu quand "ils" le décidaient, sans que cela soit considéré comme une violence. Aujourd’hui, ces rapports « asymétriques » … sont considérés comme insatisfaisants voire violents.
Q'elles se rassurent donc, ces signataires : ce n’est pas la fin de LA sexualité, mais bien celle d’une sexualité qui tient le désir féminin pour « réactif et subalterne » et devant être « activé par la demande des hommes ».
Cette vision, qui maintient une représentation hiérarchisée de l’interaction sexuelle ... ne correspond déjà plus à l’évolution des pratiques.
En effet, aujourd’hui, après une séparation amoureuse, les jeunes femmes sont aussi nombreuses que les hommes à rencontrer de nouveaux partenaires et, pour ce faire, s’emparent des nouvelles technologies de communication dans des proportions comparables aux hommes.
Toujours selon Michel Bozon, grâce à une attitude désormais plus active des femmes, le répertoire des pratiques s’élargit et la valeur de réciprocité entre les partenaires progresse.
Q'elles se rassurent donc, ces signataires : ce n’est pas la fin de LA sexualité, mais bien celle d’une sexualité qui tient le désir féminin pour « réactif et subalterne » et devant être « activé par la demande des hommes ».
Cette vision, qui maintient une représentation hiérarchisée de l’interaction sexuelle ... ne correspond déjà plus à l’évolution des pratiques.
En effet, aujourd’hui, après une séparation amoureuse, les jeunes femmes sont aussi nombreuses que les hommes à rencontrer de nouveaux partenaires et, pour ce faire, s’emparent des nouvelles technologies de communication dans des proportions comparables aux hommes.
Toujours selon Michel Bozon, grâce à une attitude désormais plus active des femmes, le répertoire des pratiques s’élargit et la valeur de réciprocité entre les partenaires progresse.
On assiste donc, en fait, à l’émergence de nouvelles formes de sexualité qui prennent en compte les besoins des deux sexes.
Dans ce nouveau contexte, il est plus que dépassé, Mesdames les signataires, de monter aux barricades pour préserver aux hommes un sacro-saint droit "d’importuner les femmes". Et s'il y avait des leçons à donner, Mesdames, adressez-les donc à ces "pauvres petits voyous qui n'y tiennent plus". Si déjà ils apprenaient à se méfier des tours que peut leur jouer leur mignon petit défaut cognitif, il y aurait un premier pas de fait.
Par ailleurs, il serait grand temps que tous, hommes autant que femmes, autorités autant qu'individus, envoient un message clair : si l'on qualifie l'espace public de "public", c'est bien parce qu'il appartient à tout le monde.
Signé : #metoo
















