Empreintes
écologiques
Samedi 14 janvier, midi. À l’hôtel La Résidence de
St-Louis, nos deux valises, sagement rangées dans le patio en bas des
escaliers, se voient tout à coup submergées par un flot de bagages que des
chauffeurs débarquent du toit de deux véhicules: arrivée de
la prochaine fournée de touristes qui embarqueront sur le Bou El Mogdad, un ancien cargo desservant la vallée du Sénégal, transformé en bateau de croisière, suite à la construction d’une route sur la berge sud du fleuve. Détrôné par les camions...
« Déjeuner » à l'hôtel à 13 heures, puis départ pour Podor, à l’intérieur des terres, où nous attend le bateau.
« Déjeuner » à l'hôtel à 13 heures, puis départ pour Podor, à l’intérieur des terres, où nous attend le bateau.
Dès la sortie de St-Louis, le paysage confirme que
nous ne sommes plus logés à la même enseigne : voilà enfin de vrais palmiers,
et de-ci, delà, des champs irrigués. Hier, nous traversions des villages dispersés dans la savane. Aujourd’hui, de gros bourgs animés. Manifestement, le
fleuve fait toute une différence…
Rive nord : La
Mauritanie.
Rive sud : Le
Sénégal.
À croire ce qu'on nous en dit,
la Mauritanie ressemblerait un peu au Far-West d’antan : bandes de nomades
sans foi ni loi parcourant le désert, contrebande alimentée par l’absence de
taxe de vente, kalachnikovs qui se négocient pour trois fois rien…
En comparaison, le Sénégal serait le paradis de la Loi et de l’Ordre! Chaque bourg sur le fleuve compte un détachement de gendarmes chargés de surveiller la frontière. La Gendarmerie de St-Louis va même jusqu’à poster deux de ses membres directement sur le Bou El Mogdad. Cette semaine, ce sera au tour de Niann et de Sar d’assurer notre sécurité. L’un d’eux nous accompagnera chaque fois que nous mettrons pied à terre. En civil...
En comparaison, le Sénégal serait le paradis de la Loi et de l’Ordre! Chaque bourg sur le fleuve compte un détachement de gendarmes chargés de surveiller la frontière. La Gendarmerie de St-Louis va même jusqu’à poster deux de ses membres directement sur le Bou El Mogdad. Cette semaine, ce sera au tour de Niann et de Sar d’assurer notre sécurité. L’un d’eux nous accompagnera chaque fois que nous mettrons pied à terre. En civil...
De prime abord, pas
trop de différences entre les deux berges… mais, petit à petit, les indices
s’accumulent. Par-delà les roseaux qui, des deux côtés, balancent leurs chatons blancs à deux mètres de hauteur, on aperçoit, au sud, des arbres, des champs,
des pistes, des établissements humains en dur; au nord, de plus en plus souvent, de vastes étendues de
sable et des villages qui tendent à n'être que de simples campements.
Dire que sur
cette rive nord, il y a quelques siècles, poussait une forêt
d’acacias. Leur sève allait être une source inépuisable de gomme
arabique, que des commerçants de Saint-Louis exporteraient à tout jamais vers des usines
textiles de la métropole.
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| Pépites de résine d'acacias |
Pour ce faire, il s’est
construit plusieurs barrages en amont du fleuve. La terrible sécheresse au Sahel, au cours des années 70 et 80, dont les images ont bouleversé le monde, a
entraîné la construction de celui de Diama, en aval. Il empêche les eaux de
l’océan Atlantique de remonter loin à l’intérieur des terres en période de
basses eaux, un phénomène qui salinisait dangereusement les terres arables.
Mais le nouvel écosystème ainsi créé est mis en péril par la façon dont les pays riverains gèrent les eaux du fleuve. En période de crue, celui-ci inondait largement sa vallée, permettant à l’eau de bien imbiber les zones humides et d’y déposer de riches limons. Ces grandes crues, ardemment souhaitées par les écologistes, tardent à se matérialiser. La production d’énergie hydroélectrique, le maintien d’un tirant d’eau suffisant pour la navigation en amont, et d’autres enjeux économiques ont souvent préséance. On renâcle à relâcher les eaux, en dépit des conséquences qu'on sait.
Huit mois de saison sèche, pourtant, ça ne se survit pas sans réserves...
Serait-on condamnés à
toujours se tirer dans le pied, quoi qu’on fasse?








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