J’écris ces lignes au son de voix d’enfants qui crient à
l’unisson et à tue-tête : « Uno, dos, tres, cuatro, cinco »… et ainsi
de suite jusqu’à dix. Leur maître en fait un jeu, lançant tout à coup n’importe
quel chiffre en l’air, à partir duquel les bambins sont sensés reprendre l’énumération…
au milieu des rires suscités par ceux qui se trompent.
Un peu plus bas dans la rue, une scie s’active; des coups de
marteaux lui font écho; des ouvriers s’interpellent par-dessus le bruit de
leurs machines; le livreur d’eau joue du sifflet et s’époumone à hurler « Aaaaa-gu'-aaaaah! »; le maraicher ambulant clame le prix de ses légumes, un haut-parleur fixé sur le devant de sa camionnette; le vendeur de gaz lance son jingle ainsi que « Èl-gaaaaa-sssss » à
tous les vents; des gens se hèlent dans la rue; le trafic incessant… Il y a tant de vie
autour de moi!
Je me sens privilégiée…
Les recherches d’hébergement sur Internet auraient tout
aussi bien pu nous avoir menées dans un de ces lotissements de condos aseptisés
qui coiffent les collines surplombant le centre ville. Nous n’aurions alors eu
comme voisins que des étrangers comme nous. Il y aurait eu une piscine au
milieu de pelouses et de plates-bandes soignées. Et nous serions
entrées et sorties via un vestibule où un préposé aurait actionné la
télécommande d’une grille… et soigneusement noté nos allées et venues, sécurité oblige!
Nous l’avons échappé belle : notre bonne étoile a voulu
que nous aboutissions dans un des seuls secteurs encore véritablement « mexicain »
de Puerto Vallarta, la colonia Emiliano Zapata, dans la vieille ville.
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| L'église, au cœur de toute communauté mexicaine. En face, en général, la "Plaza des armas". Le sabre et le goupillon. |
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Au marché, dès l'aube, on s'affaire à remplir les étals.
Ci-dessus: On peut toujours trouver de quoi manger, le long des trottoirs et ce, jusque tard dans la nuit.
Quelle différence avec le petit port de pêche d’antan!
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| Tableau dans notre salle à dîner. Maisons d'un étage, murs en adobes couvertes de crépi, tuiles romaines, rues pavées de galets... Et la baie de Banderas à l'horizon |
De cet ancien village ne subsistent plus que quelques traces, ici et là.
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... ou en immeubles de rapport...
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| Ci-contre, une maisonnette coincée entre deux édifices à étages, comptant plusieurs appartements... |

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Car Donna et moi, nous ne sommes pas les seules « snowbirds » à aimer ce quartier. Ça et là, se mettent à pousser des édifices modernes dont les appartements se louent à prix fort en haute saison. Le nôtre appartient à cette catégorie-là. Quelle ne fut pas notre surprise, en effet, en arrivant « chez nous », de voir flotter cette bannière au premier balcon! Le condominium est géré par une agence qui a pignon sur rue dans le marché By à Ottawa! À quelques kilomètres à peine de chez moi!
Bien fait pour nous qui essayons de faire affaire avec des locaux! Au cas où il nous prendrait envie de revenir ici, nous nous sommes donc adressées à une agence immobilière tenue par un Mexicain. De quoi récolter quelques adresses. La seule chose qu'il avait, c'était des propriétés à vendre…
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| Affiche quasi exclusivement en anglais : on sait à qui s'adresser pour vendre à prix fort... |
Dans la colonia Emiliano Zapata, ces immeubles de rapport ne représentent encore, pour le moment, que quelques phagocytes égarés par-ci par-là. Plus on se rapproche de la côte, cependant, plus l’invasion des virus turisticus et snowbirdicus devient palpable. Arrivé à la plage, on se retrouve en plein dans la « Zona Romántica », célèbre à travers le monde entier pour accueillir l’amour à bras ouverts et ce, sous toutes ses formes...
Équipé aujourd'hui d’un aérodrome international, Puerto Vallarta est devenu en quelques décennies un des principaux pôles touristiques du Mexique. La région compte maintenant presque 300 000 habitants, alors que le village d’antan abritait à peine une dizaine de milliers d’âmes.
Ce deuxième type de migration, d'allure internationale, est essentiellement constituée de nomades qui ne prendront pas racine ici.
Puerto Vallarta va-t-il devoir payer cette deuxième métamorphose de son âme?





















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