vendredi 5 février 2016

Un "Viego Vallarta" vibrant. Pour combien de temps encore?



J’écris ces lignes au son de voix d’enfants qui crient à l’unisson et à tue-tête : « Uno, dos, tres, cuatro, cinco »… et ainsi de suite jusqu’à dix. Leur maître en fait un jeu, lançant tout à coup n’importe quel chiffre en l’air, à partir duquel les bambins sont sensés reprendre l’énumération… au milieu des rires suscités par ceux qui se trompent.

Un peu plus bas dans la rue, une scie s’active; des coups de marteaux lui font écho; des ouvriers s’interpellent par-dessus le bruit de leurs machines; le livreur d’eau joue du sifflet et s’époumone à hurler  « Aaaaa-gu'-aaaaah! »;  le maraicher ambulant clame le prix de ses légumes, un haut-parleur fixé sur le devant de sa camionnette; le vendeur de gaz lance son jingle ainsi que « Èl-gaaaaa-sssss » à tous les vents; des gens se hèlent dans la rue; le trafic incessant… Il y a tant de vie autour de moi!
Je me sens privilégiée…




Les recherches d’hébergement sur Internet auraient tout aussi bien pu nous avoir menées dans un de ces lotissements de condos aseptisés qui coiffent les collines surplombant le centre ville. Nous n’aurions alors eu comme voisins que des étrangers comme nous. Il y aurait eu une piscine au milieu de pelouses et de plates-bandes soignées. Et nous serions entrées et sorties via un vestibule où un préposé aurait actionné la télécommande d’une grille… et soigneusement noté nos allées et venues, sécurité oblige!

Nous l’avons échappé belle : notre bonne étoile a voulu que nous aboutissions dans un des seuls secteurs encore véritablement « mexicain » de Puerto Vallarta, la colonia Emiliano Zapata, dans la vieille ville.
 Murales sur une maison dans notre rue. Zapata fut l'un des leaders de la révolution mexicaine de 1910.
Autre coup de chance: notre édifice est planté sur un flanc de montagne. On ne l’atteint qu’au prix d’une bonne grimpette. Or, plus on s’éloigne de la mer, plus les commerces ciblant les touristes agglutinés sur la côte se raréfient… et plus on retrouve le milieu de vie des Mexicains ordinaires.


L'église, au cœur de toute communauté mexicaine. En face, en général, la "Plaza des armas".
Le sabre et le goupillon.

Une des rares maisons cossues du quartier
À gauche, rue en pente pavée de galets
La plupart des maisons dépassent rarement deux niveaux. Et semblent ne pas avoir de patio intérieur ou de cour arrière. Car tout se passe sur le trottoir ou dans la rue : le barbecue du souper, le séchage de la lessive, les jasettes entre voisins. Même que, un jour, on avait carrément fermé une section de rue pour y installer une structure gonflable, du genre sautoir-trampoline. On fêtait l'anniversaire d'une gamine...





Ce milieu fourmille de monde, tous occupés à faire marcher une multitude de petits commerces. Ici, c’est le règne de la petite - ou même de la très petite - entreprise familiale. Un milieu bourdonnant d’activité, de tôt le matin jusque tard le soir.











Au marché, dès l'aube, on s'affaire à remplir les étals.
Ci-dessus: On peut toujours trouver de quoi manger, le long des trottoirs et ce, jusque tard dans la nuit.


Quelle différence avec le petit port de pêche d’antan!

Tableau dans notre salle à dîner. Maisons d'un étage, murs en adobes couvertes de crépi, tuiles romaines, rues pavées de galets... Et la baie de Banderas à l'horizon

De cet ancien village ne subsistent plus que quelques traces, ici et là.

Au secours! On m'a oubliée...
 De petites masures attendant d'être éventuellement transformées en boutiques...










... ou en immeubles de rapport...


Ci-contre, une maisonnette coincée entre deux
édifices à étages, comptant plusieurs appartements...


Eh! Oui! En immeubles de rapport…
Car Donna et moi, nous ne sommes pas les seules « snowbirds » à aimer ce quartier. Ça et là, se mettent à pousser des édifices modernes dont les appartements se louent à prix fort en haute saison. Le nôtre appartient à cette catégorie-là. Quelle ne fut pas notre surprise, en effet, en arrivant « chez nous », de voir flotter cette bannière au premier balcon! Le condominium est géré par une agence qui a pignon sur rue dans le marché By à Ottawa! À quelques kilomètres à peine de chez moi!

Bien fait pour nous qui essayons de faire affaire avec des locaux! Au cas où il nous prendrait envie de revenir ici, nous nous sommes donc adressées à une agence immobilière tenue par un Mexicain. De quoi récolter quelques adresses. La seule chose qu'il avait, c'était des propriétés à vendre…

Affiche quasi exclusivement en anglais : on sait à qui s'adresser pour vendre à prix fort...
C’est avec un pincement de cœur que je réalise que les jours de ce quartier si « humain » sont comptés. Bientôt se réalisera, ici aussi, le phénomène qui ravage tout endroit que convoitent les amateurs de soleil et de détente... dont je suis.
Dans la colonia Emiliano Zapata, ces immeubles de rapport ne représentent encore, pour le moment, que quelques phagocytes égarés par-ci par-là. Plus on se rapproche de la côte, cependant, plus l’invasion des virus turisticus et snowbirdicus devient palpable. Arrivé à la plage, on se retrouve en plein dans la « Zona Romántica », célèbre à travers le monde entier pour accueillir l’amour à bras ouverts et ce, sous toutes ses formes...


Comme si elle sentait déjà venir la fin d'une époque, la ville a choisi de placer ici même une sculpture à la mémoire de tous ces ânes sans le labeur desquels les gens auraient eu bien du mal à s'installer ici. Tous ces Mexicains jetés à la rue par la fermeture, les unes après les autres, des mines de l'arrière-pays. Une première migration qui transforma un petit port de pêche complètement coupé du monde extérieur en cette vibrante communauté que j'ai la chance de côtoyer.

Équipé aujourd'hui d’un aérodrome international, Puerto Vallarta est devenu en quelques décennies un des principaux pôles touristiques du Mexique. La région compte maintenant presque 300 000 habitants, alors que le village d’antan abritait à peine une dizaine de milliers d’âmes.

Ce deuxième type de migration, d'allure internationale, est essentiellement constituée de nomades qui ne prendront pas racine ici. 
Puerto Vallarta  va-t-il devoir payer cette deuxième métamorphose de son âme?

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