mardi 8 mars 2016

La machine à remonter le temps

Eureka!
Je l’ai trouvée, cette fameuse machine qui donne tant de fil à retordre aux chercheurs!


Le truc?
S’enfoncer d’une cinquantaine de kilomètres dans les montagnes de l’arrière-pays. On se retrouve alors au temps de nos grands-mères ou peut-être même quelques générations plus tôt. C’est qu’avant elles, le changement n’avait pas encore pris le tour qu’il a aujourd’hui, à aller si vite qu’il arrive maintenant aux jeunes de devoir transmettre des connaissances à leurs parents.

Juste de mettre les pieds dans la machine, et déjà… on a comme un pressentiment.

Indices :
1. Qu'y a-t-il au-dessus de la tête de l'homme en bleu?
2. Et dans la main de Donna?
Petits rafistolages de type "Système D"


















Nous allons à El Tuito à l’invitation de Dennis et John, les amis torontois  de Donna. Ils adorent l’atmosphère de cette bourgade et s’y rendent au moins une fois chaque année, pendant leur séjour « snow-birdien » à Puerto Vallarta.
Il faut dire aussi  qu’il se cuit là-bas des biscuits dont John raffole…


Ces biscuits ne se trouvent cependant pas en magasin. Oh! Que non! Vente directe de la maison où on les concocte. On enfile donc une première rue, perpendiculaire à la Plaza des armas, puis une rue à gauche. 
Sur notre droite, premier recul dans le temps.

Corde à linge


Ce coq claironne sa joie : ses dulcinées sont bien obligeantes.
À se promener en liberté sous la corde à linge, à gratter le sol
à la recherche de bons vers bien gras, de quoi produire des jaunes
 d'œufs bien jaunes. De l'air et des protéines : le bonheur!

Un peu plus loin, la maison que nous longeons se termine sur une cour, à l’entrée de laquelle nous sommes accueillis par une gente dame faisant sa vaisselle en plein-air.

Deuxième recul dans le temps.



- « Adelante, adelante! », nous invite-t-elle. Nous pénétrons donc dans la cour.
Sous un genre de préau, troisième saut en arrière.


Ci-dessus: Brasero et moulin 











Au fond, à gauche: La porte
du four est retenue par un bout de bois







Dennis et John connaissent manifestement le chemin. Sans demander leur reste, ils se dirigent directement vers une porte à gauche et pénètrent dans la maison. 

On suit… et on se retrouve dans la cuisine même de la maisonnée, qu’on traverse comme si on était chez nous, pour nous retrouver dans la pièce d’à-côté, salle à dîner formelle transformée pour la circonstance en présentoir. La grande table en bois, le buffet, les guéridons, même l’appui de fenêtre, débordent de pains et de pâtisseries en tout genres.

C’est le grand-père qui semble responsable des ventes. 
Famille élargie donc… Autre phénomène qui se perd.
 

Vaisselier, dans la cuisine, où la famille prend
normalement ses repas.

À la sortie, sous le préau, conversation avec la matrone, occupée à remplir de pâte les moules à cheminée, maintenant que son four est presque prêt. Rempli de bois à l’aube, il a suffisamment chauffé la coupole en argile. Bientôt, elle en retirera les cendres et y enfournera les gâteaux.
N’était-ce pas déjà comme ça qu’on cuisait les pains de ménage au moyen-âge? Il me semble réentendre la guide au Musée des maisons comtoises près de Besançon.

Et nous voilà repartis, gréés de bons biscuits. Certifiés sans OGM si on peut en croire un Mexicain rencontré par la suite. Il nous a assuré qu’en dehors des produits industriels vendus dans les magasins à rayons de type nord-américain qu’on trouve maintenant dans toutes les grandes villes, toutes les denrées artisanales mexicaines sont encore composées d’aliments naturels. De quoi nous motiver à faire toutes nos courses dans les marchés!

Petit détour vers un pittoresque petit pont qui marque la limite du bourg et de la campagne. Juste à côté, une cour remplie de coqs enfermés individuellement dans des cages posées par terre. Points d’interrogation…
J’avance une hypothèse : Ne serait-ce pas par hasard un élevage de coqs de combats, comme Gilbert et moi avions appris qu’il en existait encore, en Guadeloupe? Tradition barbare du fond des âges qui, à mon avis, ferait mieux de se perdre1?

Sur le chemin de retour … Oups! Premier anachronisme en vue. Grâce aux satellites, la télévision se rend jusque dans les coins les plus reculés. On voit ces soucoupes partout, même sur des masures qu'on croirait inhabitées, comme celle ci-dessous, à droite.


Portions de mur en adobes, des blocs d'argile
 mélangée à de la paille, et séchés au soleil.

Ci-contre:
Compteur d'électricité et antenne parabolique
 

Cette maison délabrée nous donne à voir les techniques de construction d’antan. Les adobes étant très vulnérables à la pluie, ces constructions durent rarement plus de quarante ans. De quoi donner à chaque génération le temps de construire la sienne avant que celle des parents ne s’écroule. Pas étonnant donc qu’on protège ces murs d’une épaisse couche de crépi, dans lequel on mélange une bonne dose de couleur.
Ci-dessus, on distingue aussi un bout de mur en briques. Un matériau de plus en plus populaire, on peut bien s'en douter... mais dont certains procédés de fabrication me préoccupent2.

Une autre façon de les protéger, ces murs en adobes :  de larges avant-toits qui servent en outre à maintenir les fenêtres à l’ombre aux temps des grandes chaleurs.


 
Les arcades commerciales : même principe. Maintenir les fenêtres à
l'ombre l'été, et les clients au sec pendant la saison des pluies.

































Dennis et John nous emmènent dans un petit resto où ils ont pris l’habitude de dîner à chacune de leurs visites. Menu et décor mexicains, datant de quelques siècles déjà...


Notre voyage dans le temps continue donc… très agréablement, ma foi! Pas de turbulences.


Le patio : fontaine, mur couvert de végétation, plantes en pots. On devine une table, au fond. 


Ci-dessus: tortilla de maïs et frijoles
(légumineuses en purée),
riz et viande en sauce.

Ci-contre: topopos au four
et trois "moles" différentes


À la sortie, petite promenade digestive sur la Grand-Place.
Je n’ai pu résister! Quelques clichés, juste pour le plaisir des yeux.






John transportant ses précieux biscuits... et puis, cet arbre!




















Oups! C'est bientôt l'heure de l'autobus qui doit nous ramener en ville. L’arrêt se trouve près de l’église. Les maisons, dans cette rue valent le coup d’œil, elles aussi.
Quel contraste avec nos couleurs canadiennes…



Tiens! Un toit en chaume. Rareté.





À peine sortis du village, un signe nous ramène brutalement au XXIe siècle : le stade de foot dont aucun village qui se respecte par ici ne pourrait se passer.

Celui-ci prend déjà des allures plutôt urbaines, ne trouvez-vous pas?

Encore un peu et vous allez vous attendre à ce que je soupire comme une petite vieille : « Ah! C’était le bon vieux temps! »
Mais non. Désolée! Pour rien au monde j’aurais voulu vivre comme femme dans ce temps-là, « barefoot, pregnant, in the kitchen » comme dit l’expression anglaise consacrée. Un statut juridique à peine différent de celui des esclaves à l’époque3.
Non, merci!

Mais il y avait du bon quand même, non?

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1. Combats de coqs : J'ai pu confirmer mon hypothèse par la suite. Selon Wikipedia, les combatsde coqs sont légaux au Mexique, comme ils le sont d'ailleurs encore dans certaines régions françaises (quelle horreur!). Et ces coqs sont effectivement élevés dans des espaces très restreints, comme ces cageots que nous avons vus posés par terre

2. John, un Ottavien venu voir les papillons monarques avec nous, habitait en périphérie de San Miguel. Quand le vent soufflait de la campagne, il rabattait vers son quartier une fumée à l’odeur terriblement âcre. Informations prises : elle provenait d’une briqueterie. Dans le trou où on les enterre pour leur cuisson, on entoure le tas de briques crues de combustible. Eh bien, ce carburant, ce sont… des bouteilles de plastique jetables, à utilisation unique. Ainsi, nées du pétrole, elles redeviennent pétrole…

3. Esclavage. Une époque où on pensait que « la forme de gouvernement qui conduit le plus sûrement au bonheur des deux sexes est celle qui soumet absolument la femme à l'homme, ne lui laisse aucune part dans les affaires publiques, et l'astreint, dans la vie privée, au nom de la loi, à obéir à l'homme auquel elle a uni sa destinée »
(John A. Stuart Mill, De l’assujettissement des femmes, 1869, chapitre 1).

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