Au pays de la teranga
Croisière au fil du fleuve Sénégal – Jour 4
Après le « petit-déjeuner», embarquement dans l’annexe du bateau. Cap : un village peulh dans les environs.
Les peulhs sont un ensemble de groupes humains fréquentant depuis
des millénaires – et sur plus de 7 000 kilomètres de large – la frange sud
du Sahara, qu'ils auraient peuplée petit à petit depuis le sud de l'Égypte jusqu'à l’Atlantique. Une région où il ne pleut que pendant une très courte période de l’année, suivie d’une très longue
saison sèche qui peut durer plus de huit mois. Pas question de vivre d’agriculture donc…
Même si, depuis peu, une partie d’entre eux se sont
sédentarisés, beaucoup sont toujours pasteurs. Menant leurs troupeaux là où ils
leur trouveront à manger, ils parcourent chaque année de très longues
distances, remontant loin vers le nord quand il y pleut, puis descendant par étapes vers le sud plus verdoyant, au fur et à mesure que leurs zébus finissent
de brouter les rares touffes d’herbes restantes, déjà séchées sur pied.
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| Photo de Gilbert, prise en janvier 2003, au nord du Cameroun (au Sénégal, il n'y aurait pas ces collines). Les routes traditionnelles de ces éleveurs se fichent royalement des frontières modernes.
Au nord, durant « l’hivernage »
– c’est ainsi que les Sénégalais appellent
leur saison des pluies – ces éleveurs restent sur place pendant quelques mois.
Comme ils n’y prennent leurs quartiers que temporairement, ils se construisent des
huttes provisoires, qu’ils abandonneront lorsque l’herbe se fera rare et qu’il leur
faudra, pour une énième fois, lever le camp.
C’est d’un de ces campements que
nous nous approchons en ce moment. De loin déjà, la différence d’avec le village des Toucouleurs visité il y a deux jours est saisissante.
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Chaque hutte est constituée d’une structure ovale, faite de
branchages glanés ici et là et solidement attachés. Par-dessus, plusieurs
couches de feuilles oblongues qui, à l’instar de pelures d’oignon,
maintiendront la fraîcheur de la nuit dans la maison. On n’y fait d’ailleurs pas
grand-chose d’autre que dormir. Tout le reste se fait dehors.
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| En photographe "expérimentée" que je suis, je suis partie sans pile de rechange. Heureusement qu'il y avait Donna! Toutes les autres photos de ce site sont d'elle. |
À peine à l’écart, ruminantes, les vaches nous regardent
passer d’un air plutôt blasé, à l’exception d’un taureau dont notre guide nous
conseille de nous méfier : « Ne le regardez surtout pas directement
dans les yeux! »
Ces animaux constituent l’unique fortune des Peulhs et ils
en sont éminemment fiers. La vache, symbole de richesse et source de prestige, est quasi sacrée. En dehors de très grandes et rares occasions (funérailles d'un chef de village, p. ex.) on ne tue pour ainsi dire jamais une bête ici : on se contente d’en tirer le lait, qui
sert de base à l’alimentation. Un des gamins
qui nous suit a des aphtes plein la bouche, indice d’une probable carence en vitamines B,
pas surprenante, vu qu'on mange si peu de viande chez lui. Ce n’est cependant pas le
cas du bambin ci-dessous, intimidé par la horde de touristes que nous
sommes.
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| Cette maman s’attendrit de voir son gamin s'agripper à son bras. Dernière photo prise avant que ma caméra ne déclare forfait. |
Les Peulhs étant nomades, ils s’arrangent pour n’avoir à transbahuter qu’un minimum de bagages. Point de meubles donc, et encore moins de vaisselle. On dort sur des nattes et, à l’heure des repas, aucun couvert n'est requis : on s’assoit en rond autour d’un grand plat circulaire et on se sert de ses doigts, sans plus.
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| Petite concession: nous mangeons avec des cuillères. |
Comme je n’étais pas la seule à avoir du mal à m’asseoir ainsi, nous avons fini par n’être que quatre autour d'un plat, couchées sur le côté, en équilibre instable sur un coude, l’autre bras servant de perche pour aller chercher la nourriture à un demi-mètre de soi. Ouf!
Beaucoup de Sénégalais continuent de manger de la sorte, y
compris ceux qui habitent maintenant en ville. Il en sera ainsi dans notre
famille d’accueil, où l'on nous munira plutôt de fourchettes et où, à mon
grand soulagement, nous serons assises sur des chaises autour d’une table, dans une salle à manger à
l’européenne, pièce plutôt rare par ici. Depuis ce pique-nique j’avais la hantise d’avoir à
« expliquer mon cas » à mon hôtesse et de devoir demander à être
traitée différemment du reste de la famille. Comme entrée en matière dans mon
« expérience interculturelle », ç’aurait été le pompon!
Les ustensiles de cuisine sont une des rares possessions de ces dames. Elles les trimbaleront avec elles d’un bivouac à
l’autre, sur une charrette où elles auront aussi empilé nattes et enfants, à
l’exception de quelques-uns de leurs garçons. Chez ce peuple qui a essaimé l’Islam
au sud du Sahara, la formation religieuse des enfants est primordiale. On les envoie donc apprendre le Coran par cœur auprès d’un marabout. Au moment de lever le camp,
les parents n'hésiteront pas à lui confier certains garçons jusqu’à leur retour dans la région, théoriquement huit mois plus tard. Parfois cependant, ces gamins ne reverront leurs parents qu'après trois ou quatre années, selon les
tribulations que leur auront imposé leurs transhumances. Et parfois, ils ne les reverront jamais...
Je reviendrai sur le sort tragique qui attend certains de
ces « talibés », que leur marabout aura fait migrer en ville, un phénomène
assez récent et plutôt malheureux, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et
continue de le faire…
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| C'est à l'existence de ce puits que le village doit son emplacement. La dame nous a appris que l'eau n'en était cependant pas potable. Pour cuisiner, on lui rajoute de l'eau de javel. |
Selon notre chauffeur, les épouses suivront leur époux
de loin en loin, passant le plus souvent possible par les villages éparpillés le long
de l’itinéraire emprunté par les bœufs, où – toujours selon lui – elles seront
accueillies à bras ouverts, teranga
oblige.
Ah, la teranga,
cette fameuse hospitalité sénégalaise, née de tant de mouvements de populations
venus buter sur la mer. Il s’est effectué, dans ce Finistère de l’Afrique, un
tel brassage d’ethnies que – question de survie – il leur a bien fallu
apprendre à vivre ensemble. Cette ouverture devant l’étranger, devenue légendaire, se voit partout.
Entre autre dans l’accueil qui est fait aux transhumants d’outre-frontière, ayant
mis le cap au sud en quête d’herbe, eux aussi.
Le long de la grand-route qui mène de St-Louis à Dakar, nous
avons donc remarqué à plusieurs reprises de grandes tentes plantées ça et là : des nomades mauritaniens qui s’installent pour quelques jours, après
avoir été en demander respectueusement la permission au chef du village, qui se
doit de la leur octroyer, « teranga
oblige », et ce, en dépit d'horribles accusations de racisme anti-noirs portées
contre certains Mauritaniens. Il y a quelques années, leurs exactions ont d'ailleurs causé un incroyable flot de
réfugiés mauritaniens de race noire au Sénégal (près de 70 000, à en croire les journaux).
J’y
reviendrai dans une autre entrée de ce blog, si jamais j'y arrive... « Inch Allah! ».












Tout un voyage que vous faites! Et toute une description :-) Avec de beaux hyperliens, hi! hi!
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